Situation critique de l’éducation malienne : Les écoles privées confrontées à des crises de fonctionnement

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La grève de la synergie des syndicats signataires de l’éducation du 15 octobre 2016 persiste et devient inquiétante. Les parents d’élèves aussi bien que les enseignants, voire les élèves expriment leur crainte.

On est en mai ; les écoles publiques restent toujours fermées. En conséquence, l’AEEM n’épargne pas les écoles privées qui se battaient d’ailleurs pour le recouvrement du reste de leurs mensualités du reste de l’année.  Des élèves ont fini par se résigner d’une année blanche.

La crise scolaire au Mali a pris des proportions assez craintives auprès de plusieurs acteurs scolaires privés notamment les administrateurs, les enseignants, les élèves et leurs parents. Tout le triangle scolaire se trouve paralysé par une peur sans précédent face à cette situation qui perdure.

Les écoles publiques sont en grève depuis au mois de décembre. Ce qui amène la coordination nationale de l’AEEM à se mêler à la danse en faisant sortir toutes les écoles privées. Cette situation n’est pas sans conséquence sur ces écoles. Contacté nos soins, la gorge serrée, M. Aboubacar Koné, censeur du lycée privé Bafily Traoré de Kabala, nous laisse entendre : « Cette année s’annonce tumultueuse pour les écoles publiques aussi bien que les privées. » Comme cause, il avance : « La quasi-totalité des promoteurs des écoles fondamentales sont confrontés à une tension de trésorerie, le paiement des frais scolaires se fait timidement. » À l’en croire, cette situation n’est pas sans conséquence sur les élèves : « Le temps minimum d’apprentissage n’est pas respecté, d’où la décadence du niveau des élèves. » M. Koné finit par lancer un appel à tous les acteurs afin que chacun apporte sa pierre à la construction de l’édifice nationale : « Il faut que chacun de nous joue sa partition pour l’édification de l’école malienne. L’AEEM, les parent d’élèves, les personnes ressources, chacun de son côté doit remplir son devoir pour éviter le pire qui s’annonce à l’horizon. »

À tous les niveaux, ce sont les mêmes craintes et les mêmes recommandations qui s’expriment. Les écoles fondamentales privées se trouvent d’ores et déjà confrontées à des problèmes de fonctionnement à cause de cette paralysie des établissements publics. Assis avec des amis au bord de la voie publique de Kabala, non loin de son établissement, M. Kéita, directeur de l’école privée Babemba de Kabala, ne nous a pas caché tous les problèmes auxquels les privées font face à cause de cette situation des écoles publiques.  « Les parents d’élèves ayant en tête que l’année scolaire sera blanche ne viennent plus payer les frais de mensualité grâce auxquels nous fonctionnons. Depuis au deuxième trimestre, nous sommes confrontés à ce problème. Ce qui fait qu’aujourd’hui nous sommes en peine de payer les salaires de nos enseignants. » Il va plus loin en faisant comprendre que  tout le sacrifice qu’effectuent ces écoles privées actuellement : « Nous venons juste à l’école pour accompagner les enfants. Personne n’est plus motivé. Les enseignants n’en parlons pas parce qu’ils ne reçoivent plus de paiements. » Chose qui nous a été confirmée par Drissa Diakité, enseignant à l’école privée Babemba de Kabala : « Rares sont les parents qui viennent payer leurs mensualités maintenant. Du coup, nous ne recevons plus de salaire. Mais si nous continuons à venir en classe, c’est pour accompagner les enfants jusqu’au bout. Mais l’AEEM vient de tout balayer en un revers de main. »

Du côté des parents d’élèves également, c’est les soucis d’une année blanche qui s’expriment. Devant sa boutique ce mardi 30 avril 2019, Mahamadou Doucouré, commerçant chez Tounkara Électronique à Kabala, est entouré de ses amis. À l’ordre du jour : la crise scolaire actuelle au Mali. Nous lui avons alors tendu notre micro. Il nous laisse entendre : « Nous les parents d’élèves ne savons plus que faire dans cette crise scolaire. Beaucoup d’entre nous amènent nos enfants dans les privées et acceptent de payer les mensualités parce que nous pensons que dans ces écoles, contrairement aux publiques, il n’y a pas trop de grèves. Mais nos calculs ont été faussés cette année. » Alors M. Doucouré lance un appel aux enseignants aussi bien qu’aux autorités étatiques : « Nous demandons que le gouvernement une fois mis en place négocie avec les enseignants afin de trouver une issue heureuse à cette situation qui paralyse l’éducation. »

Quant aux élèves en classe de terminale notamment, les avis diffèrent. Malgré la grève au sein des écoles publiques depuis au mois de décembre, Boubou Samassa, élève en terminale Sciences Exactes au lycée Public de Djicoroni, ne désespère pas assez. Il ne cesse de s’exercer pour ne pas perdre les quelques notions apprises. Rencontré en plein exercice pour l’interroger au sujet de cette situation paralysante, le jeune homme a été très clair : « Si ça ne tient qu’à moi, le Mali ne doit plus sauver cette année scolaire. » Interroger sur le pourquoi, il nous glisse sa crainte qui correspond à son ambition : « Si on sauve cette année alors que nous n’avons pas assez étudié, nos diplômes ne seront peut-être pas acceptés à l’étranger. »

À l’en croire, il a déjà été confronté à ce problème lorsqu’il s’est rendu dans une administration pour remplir des formalités pour bénéficier d’une étude à l’étranger. On lui aurait lancé à la figure que sa chance est minimum en tant qu’élève d’une école publique du Mali.

Contrairement à Boubou, Kadidia Fomba, elle, élève en terminale Sciences Sociales au lycée Public de Kalaban-Coro, est à sa troisième année de Bac. Elle a très peur et souhaite qu’il y ait une issue heureuse à cette situation. À l’en croire, si jamais l’État décrète une année blanche, il ne sera plus question pour elle de reprendre pour une quatrième année cette classe de terminale. « Autrement dit, précise-t-elle, je vais abandonner l’école ».  

Notons que cette crise scolaire est sur toutes les lèvres au Mali. Toutes les couches sociales s’inquiètent de plus en plus face à ce bras de fer entre enseignants et gouvernement. Tout compte fait, la couleur de l’année reste encore inconnue.

Fousseni TOGOLA

Source : LE PAYS

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