Julien Chambolle, Secrétaire général d’Africa 21, à propos des conséquences du réchauffement climatique : « Au risque climatique, il y a aussi une « aubaine » climatique »

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Après avoir organisé les 1ères Journées des médias et du journalisme, le secrétaire général d’Africa 21, Julien Chambolle, nous a accordé une interview. Dans cet entretien exclusif, il revient non seulement sur les conséquences du changement climatique en Afrique, mais sur les mécanismes pour réduire ses effets sur ce continent. M. Chambolle nous fait également mention de l’édition 2020 de la Journée des médias et du journalisme ainsi que des missions de son organisation.

 Lisez l’interview !

Le Pays : Bonjour M. le Secrétaire général d’Africa 21. Pourriez-vous vous présenter ainsi que votre association à nos lecteurs et abonnés ?

Julien Chambolle: Je m’appelle Julien Chambolle. Je suis Secrétaire général et membre fondateur de l’association Africa 21. Africa 21 est un think tank et un do tank, c’est-à-dire que nous sommes une organisation qui réfléchit sur la mise en œuvre du développement durable en Afrique et en particulier sous l’optique de l’Agenda 2030 de l’ONU, tout comme de la place de l’Afrique dans le système multilatéral. Comme on dit souvent entre nous « il est bien de réfléchir, mais il faut que le résultat de cette réflexion soit pratique et facilement utilisable ». Ainsi, nous menons de nombreuses activités de sensibilisation à l’Agenda 2030 à travers des conférences, des ateliers et aussi une revue entièrement gratuite disponible sur notre site Internet www.africa21.org. De l’autre côté, nous avons développé des outils pratiques que nous avons utilisés dans le cadre de projets avec l’ONU, de promotion de l’entrepreneuriat et très prochainement des emplois verts en Afrique de l’Ouest avec notre partenaire le ROPC-UEMOA. Enfin, Africa 21 est un réseau avec des représentations au Cameroun, au Sénégal et en France et un pool d’experts. Pour finir, notre organisation se plait à jouer le rôle de pont entre les acteurs du sud et du nord qui participent à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 et de ses 17 ODD.

Du 14 au 16 octobre 2019 se sont tenues, sous votre initiative, les premières Journées des médias et du journalisme en Afrique avec comme thème les conséquences du changement climatique en Afrique. Expliquez-nous ce qui a motivé cette initiative ! Quelles sont les conséquences de ce changement dans ce continent ?

Tout le monde subit les effets du changement climatique, c’est un phénomène global. L’Afrique est le continent qui représente le plus de fragilités par rapport à ces effets, alors qu’il a peu contribué jusqu’à maintenant au « dérèglement de la machine ». Ses conséquences vont avoir un effet majeur sur le développement du continent. Il est donc important que les populations et les gouvernements soient bien informés et préparés le plus tôt possible. Au risque climatique, il y a aussi une « aubaine » climatique, car l’Afrique devrait à la fois bénéficier dans les années à venir de plus de financements verts étant donné le rôle qu’elle peut jouer à travers ses grands massifs forestiers, de captage du carbone, mais aussi d’un accès facilité et à moindre coût aux dernières technologies dans un certain nombre de domaines de la vie (énergie, transport, gestion des déchets, agriculture, accès à l’eau, etc.).

À l’été 2018, Africa 21 avait organisé une conférence à l’ONU, en partenariat avec Reporters sans Frontières, sur la liberté d’information en Afrique. Durant les échanges, les questions liées à la qualité de l’information et à l’accès aux bonnes sources étaient ressorties. Le lien avec la question climatique s’est imposé de manière naturelle pour nous, engagés chaque jour sur les enjeux du développement durable.

Pour cette première Journée, les participants, venus de plusieurs pays africains, ont eu droit à un échange sur les données. Aujourd’hui quelles sont les sources fiables pour qui veut aborder la question du changement climatique en Afrique ?

Les meilleures sources en général sont celles de proximité. Les services météorologiques de chaque pays sont à consulter en premier, ainsi que les laboratoires de recherche spécialisés des universités des pays concernés. Quand les données sont amenées à manquer, il faut alors se pencher sur celles disponibles et collectées par des organisations comme l’Organisation météorologique mondiale qui gère les données sur l’ensemble du globe et qui a accès aux technologies de dernier cri directement ou à travers ses membres. Le GIEC est également une source inépuisable d’informations sur l’évolution des climats sous tous ses angles à travers le monde. Si votre questionnement porte sur une thématique plus précise, il faut alors identifier l’agence internationale en charge de la thématique. Quasiment toutes les organisations internationales aujourd’hui ont une équipe qui travaille sur la question du climat, à l’image par exemple de l’Organisation mondiale de la santé ou autre exemple du CICR.

Doit-on continuer à croire que ce continent ne fait que subir les conséquences des actions des grandes puissances en matière de réchauffement climatique ? Pourquoi ?

Comme mentionné dans mes réponses précédentes, nous aimons à penser qu’à tout risque il existe également des opportunités que les Africains doivent saisir. L’accès aux technologies vertes et aux capitaux, la formation adéquate des populations (la maitrise du savoir), la prévention liée aux risques de catastrophe, l’adaptation sont autant d’éléments à prendre en compte de manière très rigoureuse. La planète s’oriente de plus en plus vers la question climatique, l’Afrique ne doit pas rater le train en marche. Le fait qu’elle doive accéder à des technologies pour son développement est une opportunité immense. En quelques décennies elle peut faire un bond technologique important qui prendrait bien plus de temps dans d’autres parties du monde. Oui, l’Afrique est victime du changement climatique et va subir ses conséquences, mais elle a aussi des cartes à jouer, et de belles cartes.

Quelle est l’expérience acquise par Africa 21 au cours de ces premières Journées ?

Il existe des deux côtés (journalistes et agences onusiennes) un réel désir de collaborer ensemble et de mieux comprendre ce que fait l’autre. Africa 21 a pu jouer entièrement son rôle de pont entre les acteurs et de concepteur d’événement afin de briser les logiques de silo qui parfois persistent entre agences onusiennes voisines. Nous avons également retenu les leçons des difficultés rencontrées pour l’organisation des Journées, notamment concernant le logement, le transport et l’accès au visa pour nos journalistes invités. Sans le soutien de nos partenaires, l’accès au visa pour certains journalistes aurait été compliqué. C’est une question à mieux anticiper pour l’an prochain.

Qu’envisagez-vous d’entreprendre pour cette édition 2020 ?

En principe l’édition 2020 portera sur le même sujet, mais avec un public de journalistes africains anglophones. Le programme sera probablement plus étoffé pour tenir compte de nos nouveaux partenaires et pour améliorer également encore plus qualitativement l’ensemble du projet. Ensuite, le réseau de journalistes spécialisé sur le développement durable et le changement climatique aura été lancé entre temps, ce qui ouvrira probablement d’autres perspectives d’ici là, avec des ateliers sous régionaux et une plateforme commune en ligne entre journalistes et partenaires du développement durable.

Votre dernier mot

L’équipe d’Africa 21 en profite pour saluer les Maliennes et Maliens qui lisent votre journal et espère que tout le monde tirera au mieux les fruits de ce fabuleux projet que nous prenons plaisir à développer pour l’ensemble de l’Afrique. Il n’y a pas de fatalité à celui qui souhaite prendre en main son destin.

Propos recueillis par Fousseni TOGOLA

Source : LE PAYS

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