Interview

Abdramane Coulibaly, auteur de « A la recherche du chemin » : « Quels que soient les mésintelligences des intérêts, il faut prioriser l’humanité »

A la recherche du chemin, un nouvel ouvrage du jeune étudiant en philosophie, Abdramane Coulibaly, vient d’enrichir les rayons des librairies et des bibliothèques. Une œuvre qui prône les valeurs d’humanisme dans le monde.

Le Pays : veuillez-vous présenter à nos lecteurs

L’auteur : Je suis Abdramane Coulibaly, natif de Lobougoula (région de Sikasso).  Je suis diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Bamako, également étudiant en master philosophie à l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (ULSHB), spécialité Histoire de la philosophie et Etudes africaines.

Pourquoi le titre « A la recherche du chemin » ?

A la recherche du chemin parce que je pense qu’il faut trouver un chemin unificateur des hommes.

Quelle est votre philosophie du vivre ensemble pour le Mali ?

La philosophie du vivre ensemble pour le Mali ne serait autre chose que l’amour du prochain malgré les différends. Nous devrons supprimer en nous l’ethnocentrisme, le localicentrisme et les sentiments de représailles pour donner place à la paix – je rejoints le philosophe britannique, Bertrand Russell, quand il affirme que « l’amour est sage, la haine est insensée ». Quels que soient les mésintelligences des intérêts, il faut prioriser l’humanité, la culture de la tolérance ; laquelle tolérance suppose l’humilité. Les hommes n’ont pas intérêt à se mépriser. Cependant, l’âme du vivre ensemble est la justice et la bonne conduite des hommes – surtout les responsables. La philosophie du vivre ensemble pour le Mali, tout comme pour n’importe quel pays, restera une utopie si et seulement si l’iniquité, la corruption et la mauvaise conduite priment. Autant la voie pour la justice est faible, autant le vivre ensemble sera une pierre philosophale. Autant les responsables s’accaparent de ce qui revient aux subalternes, autant l’esprit des représailles sera de la monnaie courante.

Vous parlez d’éducation des jeunes. Cette éducation serait faite par qui et comment ? Quel sera son contenu ?

L’éducation des jeunes sera faite par l’Etat et par les vieux – hommes et femmes – les plus éclairés. Tous les vieux ne peuvent pas être éducateurs ; d’ailleurs, il est des vieux qui, avec des moralités douteuses, ont besoin d’être éduqués vu les mauvais comportements qui sont les leurs. L’Etat doit instituer dans le système éducatif et/ou revaloriser le communalisme, la culture de la tolérance, la culture de l’honnêteté, la culture de la justice, etc. L’éducation dont il est question ici commencera par l’application des textes qui régissent  le pays,  mettant fin à l’impunité.

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre ?

Premièrement le désir d’immortaliser notre voyage d’intégration africaine, Sénégal 2017. Je citerai ensuite entre autres la soif de contribuer, d’une façon ou d’une autre, au développement de l’humanisme dans le monde.

Avez-vous rencontré des difficultés pour le publier ? si oui, lesquelles ?

Dans un pays pauvre comme le nôtre, il est évident que je sois confronté à des difficultés. J’ai été confronté à des problèmes de financement pour la publication de mon petit papier. C’est ce qui m’a amené à le publier ailleurs. La cherté des maisons d’édition au Mali empêche et/ou décourage beaucoup de jeunes à s’aventurer dans l’écriture.

Quel message avez-vous à l’adresse des étudiants en philosophie ainsi que des professeurs de philosophie du Mali ?

Tout d’abord, je voudrais remercier ici tous mes professeurs pour la qualité de la formation acquise.

Aux étudiants en philosophie, je dis ceci : qu’ils se forment, car c’est étant bien formé qu’ils pourront non seulement se transformer, mais aussi transformer leur monde. Et cela passe nécessairement par un sacrifice de soi, être capable de renoncer aux intérêts spontanément immédiats au détriment de ceux visiblement médiats. En effet, quand on est étudiant dans des contextes qui sont ceux de l’étudiant malien – où ceux qui sont sensés nous donner des coups de mains nous donnent des coups de pieds -, on ne peut que compter sur soi-même. Donc, il faut travailler dur, dur, et encore dur pour un futur heureux.

Quant aux professeurs de philosophie du Mali – de tous les niveaux -, ils doivent constamment garder à l’esprit que le métier qui est le leur est loin d’être une sinécure. Nonobstant, cela ne doit aucunement les empêcher de mettre leurs compétences au service du collectif. Au Mali, les professeurs de philosophie, dans la plupart des cas, bénéficient a priori d’une image impécunieusement étiquetée par l’inconscient collectif malien. Donc à eux de montrer tout en démontrant qu’ils sont plus activement utiles en dehors de la classe à travers des publications touchant du doigt les problèmes de leur société.

Propos recueillis par Fousseni TOGOLA

Source : LE PAYS

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