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Dialogue-inter maliens : Une stratégie pour désengager la médiation Algérienne ?

Dans son discours de nouvel an, le président de la transition, le col. Assimi Goïta a proposé un dialogue inter-Maliens pour panser la récidive plaie sur la paix et le vivre ensemble au Mali. Est-ce une façon intelligente de désengager la médiation internationale conduite par la République algérienne démocratique et populaire avec qui le Mali est en bouille depuis quelques semaines ?

Longtemps épargnée à cause de son influence et sa position stratégique avec le Mali, l’Algérie n’est plus bénie en tant que médiateur principal dans la crise malienne et garant de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger.

Ce titre est en train de lui échapper depuis mi-décembre dernier, ou le pays a accueilli en grande pompe, la coordination des mouvements indépendantistes du Mali qualifiés de terroristes par Bamako depuis leur opposition au processus de rétrocession des emprises de la Minusma aux Forces Armées Maliennes (FAMa).

Après quelques épisodes de brouille diplomatique marquée entre autres par la convocation et le rappel d’ambassadeur de part et d’autres, le Mali vient d’engager un « dialogue direct inter-Maliens » afin de couper les racines et panser les plaies de la discorde qui oppose les fils d’un même pays.  Cette démarche serait aussi une façon de mettre fin à l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger dont l’application pose problème depuis sa signature en 2015 ou encore de désengager l’Algérie, chef de file de la médiation internationale dans la crise malienne avec qui le Mali est en brouille depuis quelques semaines ? Ce qui est sûr, c’est que depuis la « rectification de la transition en Mai 2021, les nouvelles autorités de Bamako ne font plus de cadeau aux partenaires extérieurs du Mali dont elles mettent en cause les termes de collaboration.»

Ainsi tous ceux qui se dressent contre leur vision (« souveraineté du Mali ») qu’ils soient de l’ancienne puissance colonisatrice (France), des organisations internationales ou sous régionales, chacun semble avoir eu sa dose par une confrontation ouverte avec le Mali.

Quand même sans mettre en cause l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, le président de la transition, le col. Assimi Goïta dans son discours de nouvel an a invité tous sur la table d’un dialogue inter-Maliens, sans intermédiaire afin de trouver ensemble des solutions durables à la crise que souffre le Mali. Les seuls points non négociables, ou du moins, qui ne feront pas partir des discutions, selon le président, sont ceux concernant la souveraineté du Mali, sa forme démocratique et laïque.

Si la principale coordination des mouvements armés indépendantistes (la Coordination des mouvements de l’Azawad (CAM) ne s’est pas officiellement prononcée sur la question, d’autres mouvements signataires de l’Accord d’Alger comme le MSA (Mouvement pour le salut de l’Azawad), allié de Bamako, ont adhéré à l’idée d’un dialogue direct inter Malien.

D’ailleurs, son porte-parole Ilyas Ag Siguidi trouve que c’est la meilleure formule pour sortir le Mali de la crise. « Nous sommes convaincus que ce dialogue est à saluer… Si les Maliens reviennent entre eux à la table, ils vont discuter facilement et on pourra sortir de cette crise.» a-il indiqué avant de rassurer « nous allons l’accompagner, pour le bien-être de nos populations sur toute l’étendue du territoire malien ».

Quel risque de mettre l’Algérie sur le banc de touche ?

Il faut noter que l’Algérie en plus d’être un pays voisin du Mali est aussi avec qui le Mali partage la plus longue frontière (plus de 1000 km). Les populations de cette zone ont une faible vision de la barrière frontalière entre le Mali et l’Algérie du fait du brassage socioculturel profond qui règne entre elles. C’est pourquoi l’Algérie se voit autant impliquer que le Mali dans la gestion de cette crise ce qui justifie d’ailleurs son rôle de médiateur et chef de file de la médiation internationale. Donc écarter l’Algérie de cette façon reviendrait à l’obliger de choisir une option qui garantit sa stabilité intérieure. Il faut reconnaître déjà que le terrorisme n’a pas de frontière. Donc le seul moyen sûr de s’en prévenir est de travailler en amont pour que des situations favorables à son installation dans un pays ne se créent pas.

Bien que toutes les actions de Algérie ne soient pas salutaires, mais l’idéale serait mieux de l’obliger à se conformer aux principes et dispositions sacro-saints qui protègent les deux États.

Issa Djiguiba, source ADS

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