Dr Choguel Kokalla Maïga sur Rfi : « Nous allons nous en sortir après Barkhane et Takuba »

Affaire de présence et de financement des mercenaires russes ; départ des forces de Barkhane et de Takuba ; escalade diplomatique entre Paris et Bamako, montée en puissance de l’Armée malienne… étaient entre autres,  les points saillants de cet échange entre Dr Choguel Kokalla Maïga, premier ministre malien et Alain Foka, journaliste de la Radio France Internationale (Rfi). C’était le mardi 22 février 2022.

Après la tribune de l’ONU et  les discours, Choguel monte encore une fois au créneau pour le Mali, son pays. En clair,  il estime  n’être pas ce faucon ayant décidé de bouter la France hors du Mali. « Nous formons une équipe, il y a un chef (Assimi Goïta) qui me donne des orientations. Donc je sais plus ou moins sa vision des choses », a-t-il révélé. Ses propos font dire que l’expression « la France nous a laissé en plein vol » ne vient pas de lui seul, mais de son chef Goïta aussi. « Abandon en plein vol est militaire. Dans l’art militaire, quand on dit qu’on a abandonné en plein combat, cela signifie la trahison. Mais, on a adouci le terme en parlant d’abandon en plein vol », avoue Choguel. Au journaliste, il expose que les colonels au pouvoir aujourd’hui ont fait 15 et 18 ans sur le théâtre des opérations au Mali. « Ils ont été enlevés et séquestrés par des terroristes, pendant des mois. Ce sont des hommes qui ont vécu dans leur chair et âme toutes les trahisons et les coups bas », confie le PM. A ses dires, des hautes autorités françaises, des députés et des sénateurs ont clairement dit, dans les débats, qu’il faut un plan d’autonomie au Mali, en disant que les Maliens du sud et du nord ne peuvent pas vivre ensemble. Ils voulaient diviser le Mali, pas du fédéralisme, a-t-il dit, mettant l’accent sur des propos de partition tenus par Jean Yves Le Drian, ceux des sénateurs, des députés… Aussi, le PM  réitère que le travail confié aux troupes françaises au Mali ne consiste pas à être présentes sur le sol, mais de faire un appui aérien aux militaires maliens. « Leur présence au sol n’était pas prévu par les accords. Les soldats maliens ont libérés Konna, Gao et Tombouctou. C’est arriver à Anéfis que l’armée française leur a barré la route. C’est authentique. Ils se sont opposés à l’entrée de l’armée », soutient l’invité qui précise que l’ambassadeur français au Mali, ayant décidé de s’opposer à la posture de l’Elysée, a été relevé de son poste.

Démasquant la politique de la France, il révèle que le déploiement des 4000 militaires, sous IBK, par la France n’était pas non plus prévu dans les textes. « Ce n’est pas ce qui avait été dit aux Maliens. Est-ce que vous (journaliste) savez que Assimi Goita fait partie des officiers qui ont été bloqués à la porte de Kidal ? Les unités spéciales qui ont pris Anéfis s’apprêtaient à donner l’assaut pour entrer à Kidal, les soldats français les ont bloqué  », a-t-il dénoncé. Pour lui, le Mali n’a pas sollicité le départ  des troupes françaises. « C’est eux qui ont dit qu’ils partent. Ils ont dit le 3 et le 10 juin qu’ils vont quitter le pays, au motif que le Mali s’apprête à discuter avec les terroristes. Nous avons proposé une relecture de l’Accord, les autorités  l’ont mis dans le tiroir. Elles se sont énervées et mises à nous insulter. Leur ambassadeur se livrait à des activités subversives qui divisent le Mali. Toutes les manœuvres qui se faisaient, étaye Choguel, c’était pour renverser le Gouvernement ». Et de renchérir : « On a vu les autorités françaises féliciter l’équipe de Bah N’Daw pour avoir  obtenu des résultats que la France n’a pas pu obtenir  durant le temps d’IBK. Mais, dit-il, les mêmes soutiennent quelques temps que le Gouvernement est issu du coup d’Etat. Simplement parce que Assimi Goita a dit que les Maliens sont en train de mourir depuis 13 ans, et qu’il faudra diversifier nos partenaires ».Puisque la sécurité des Maliens revient  aux autorités, le départ de Barkhane et de Takuba ne doit pas semer la panique. Le vide que cela aura engendré sera comblé par l’armée malienne, promet le chef de l’exécutif. « Nous allons et avons déjà occupé ces bases vides. Le leadership a changé, nous allons nous réorganiser». Quant à la présence de mercenaires, il renouvelle : « Nous travaillons avec l’Etat russe et ne commentons  pas les propos d’autre chef d’Etat. Nous avons les instructeurs russes qui sont  avec nos officiers. Le mot Wagner, c’est les Français qui le disent. On cherche à sécuriser nos populations. Qu’on paie les Russes avec l’or, le  diamant, l’argent…, est-ce que ça devrait intéresser quelqu’un ? Rien ne vaut la sécurité des Maliens », a-t-il confié en confiant : « Nous allons nous en sortir après Barkhane et Takuba. Nous avons pris toutes les dispositions ».

Mamadou Diarra

Source : LE PAYS

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