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Embargo sur le Mali : le cri de cœur des commerçants

Depuis quelques jours, la CEDEAO a instauré un embargo sur le Mali en raison du putsch contre le président de la République du Mali, Ibrahim Boubacar Keita. Pour certains Maliens, cet embargo est bénéfique pour le pays, mais d’autres pensent aussi le contraire. Car il pourrait entraîner des conséquences dramatiques pour l’économie nationale.  

« L’interdiction de faire sortir le bétail ne nous arrange pas du tout. Elle réduit nos bénéfices », tels sont les propos de Mamoudou Kouma, vendeur de bétails au garbal de Kalaban-Coro. Mécontent de l’embargo sur le Mali, ce vendeur continue en disant : « Nous, membres de la CEDAO, on se nourrit à travers les échanges inter-États. Mais si on dit que rien ne sort, rien ne rentre, cela ne nous arrange pas. Aucun pays ne peut se suffire à lui-même ».

Selon un autre vendeur de bétails au garbal de Tiébani, Sékou Sala Diallo, l’embargo a des conséquences sur leurs activités. « Si le bétail sortent pour être vendus à l’extérieur, nous avons des bénéfices, mais s’ils ne sortent pas, les bénéfices vont diminuer.  Les Ivoiriens et les Guinéens viennent acheter leur bétail chez nous au Mali, donc si on demande d’arrêter l’exportation, ce sera une perte pour nous », déplore M. Diallo. Selon lui, les Maliens ne voient que la cherté du bétail. Ils ignorent comment ils sont nourris. « Nourrir le bétail n’est pas facile. Il faut acheter les tourteaux, les soigner et beaucoup d’autres choses.  Moi, je sais que les Maliens ne peuvent pas acheter tout ce bétail. Or, nous, nous sommes obligés de continuer à les nourrir. S’ils ne sont pas achetés en raison de l’embargo, ce sera une énorme perte pour nous », fait savoir M. Diallo qui invite à la levée de l’embargo.

Si pour certains, l’embargo a des conséquences, pour d’autres, c’est le contraire. Beaucoup de citoyens évoluant dans des secteurs économiques, rencontrés s’estiment heureux. Car cet embargo apportera, selon eux des bénéfices pour le pays.  « Le fait que le bétail ne sorte pas de notre pays nous arrange, car cela apportera de la stabilité dans notre pays. Déjà le bétail est cher au moment où nous sommes. Car les étrangers viennent prendre le bétail pour l’amener, nous, citoyens, nous sommes en manque de bétail. Donc, cet embargo fera en sorte que le bétail soient vendus à des prix abordables », dit Drissa Keïta, vendeur de bétails au ‘’garbal’’ de Tiébani. Pour lui, quand le bétail sort, il y a plus de bénéfices, mais cela n’arrange pas les Maliens.  

Selon un vendeur d’essence à la station YARA OIL, l’embargo n’a pas encore d’impacts sur le prix de l’essence. « L’essence est vendue au même prix pour le moment. Car il y a des anciens stocks et c’est ce qu’on vend. Mais je suis sûr que si l’embargo continue, les prix de l’essence vont augmenter », rapporte-t-il.

Dans le grand marché de Bamako, plusieurs vendeurs souffrent pourtant des effets de cet embargo. Nous nous sommes approchés de Mariam Kamissogo, vendeuse de prêt-à-porterpour jeune filledans une cantine qui fait face au marché de colas (rô-cours). Elle nous a fait comprendre les impacts de ce phénomène sur son commerce. Avec un air soucieux, Madame Kamissogo s’exprime : « Cette situation va beaucoup me handicaper. Car la plupart de mes marchandises viennent de la Côte-d’Ivoire, à Abidjan ».  Dans ses propos, elle explique qu’ « avec cet embargo [elle ne sera ndlr] plus en mesure de voyager pour prendre de nouveaux articles. Je serais donc obligé de stopper mon commerce durant cette période ».

Nous nous sommes aussi rendus au marché de « Sougouni-coura ».  Dès notre arrivée, les cris des vendeurs de bananes plantains, d’ignames et de pommes de terre se font entendre de loin. Bourama Diarra, vendeur de pomme de terre et d’ignames, assise sous une petite tente au bord du goudron, avec ses quelques sacs de pommes de terre et trois sacs d’ignames, se prononce sur l’évolution de la situation dans leur secteur. Selon Bourama, « les militaires ont fait leur travail et c’est bien. Maintenant le problème est là et c’est nous les commerçants qui allons ramasser les pots cassés ». Il ajoute que « depuis quelques jours maintenant, les produits commencent à diminuer sur le marché. Si cette situation continue, nous serons dans l’obligation d’augmenter le prix des produits ». Il continue en remuant la tête, « cela va beaucoup réduire la clientèle et le pire dans tout cela, c’est qu’on serait obligé à la fin, de jeter le reste, qui seront pourris ».

Dans les alentours du marché, nous avons pu nous entretenir avec Rokia Sangaré, une passante, qui était venue acheter des bananes plantains. Elle avait une aire étonnante lorsqu’on l’interrogeait : « En cette période d’hivernage, nous avons l’habitude d’acheter 8 à 9 morceaux d’alocos à 500 F, mais à ma grande surprise, je viens trouver 4 à 5 morceaux à 500f. Nous prions beaucoup pour que cette situation puisse se résoudre rapidement et que le Mali retrouve en fin la Paix ».

Tioumbè Adeline Tolofoudié et Sira Niakaté, stagiaires

Source : LE PAYS

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