Justice : Le serment de Kassogué

Comme pour répondre aux nombreux appels des citoyens pour une justice saine, le ministre de la Justice Mamadou Kassogué, a lancé, le 23 janvier 2023 la première édition de la semaine de la justice. Il ne s’agit pas d’un vain slogan. Le garde des sceaux veut en réalité changer les choses dans le bon sens en mettant toute une semaine à profit pour rendre la justice plus proche des citoyens. Au-delà de l’opération de communication, le ministre de la justice entend tracer la voie d’un profond amour entre les justiciables et les hommes en toges.

En clair, le département de la justice veut perpétuer cette perception positive avec la Loi d’Orientation et de Programmation du secteur de la Justice, 2020-2024. A en croire le ministre de la justice, la finalité de cette loi est de bâtir un service public de justice accessible, efficace et performant de nature à restaurer la confiance des justiciables en la justice. Kassogué a invité les acteurs de la justice à tous les niveaux à la distribution de la justice à s’engager. Pour lui, c’est à la justice de veiller à la saine et correcte application de la loi, de protéger les citoyens contre la violation de leurs droits, de décider et de mettre fin à des conflits dans différents domaines, mais aussi de sanctionner correctement les comportements interdits.

Le ministre de la Justice qui est connu pour sa probité veut que la rigueur de la loi soit la même pour tous. En 2022, le ministère de la justice a amélioré la façon de la distribution de la justice en créant : un premier pôle national financier, une école de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, un pôle judiciaire de lutte contre la cybercriminalité, une agence de gestion des biens gelés, saisis ou confisqués. Il a inscrit au programme de la semaine: l’organisation  des conférences de parquet sur l’état des lieux des lettres circulaires destinées à donner des orientations et des instructions correctives relativement aux dysfonctionnements du service public de la justice, mais aussi les errements et autres attitudes déviantes.

Ces rencontres regrouperont du 24 au 25 janvier des Procureurs généraux des Cours d’appel de Bamako, Kayes et Mopti, les Procureurs de la République et autres Magistrats du parquet. Il y aura des journées portes ouvertes au pôle économique et financier, dans les tribunaux de commerce, du Travail et pour enfants et une rencontre avec la presse et la société civile sur la lutte contre la corruption et la délinquance économique et financière. Kassogué est convaincu que la justice est peu connue des justiciables voire du citoyen tout court.

Une enquête menée en 2018 sur les besoins des maliens en matière de justice révèle, selon le garde des sceaux, que « 32% de nos compatriotes sont informés, sur la justice, par le canal familial ou parental contre 3% par l’Avocat et 2% par le Bureau d’Accueil et d’Orientation des services judiciaires ». La, même étude indique que « 19% des maliens ne savaient pas ce qu’il fallait faire quand un problème de justice se posait et 30% des justiciables pensaient qu’ils n’avaient pas besoin d’être informés sur la justice ».

Ainsi, beaucoup de citoyens ignorent comment trouver l’information pertinente sur la justice au Mali. Pour Kassogué, la méconnaissance de la justice est une responsabilité partagée entre le système judiciaire et le justiciable pour la simple raison que la justice doit fournir des efforts pour se faire connaitre et que le justiciable doit se faire l’obligation, de sortir du cadre familial, pour approcher les services judiciaires, à la quête d’informations fiables. Par ailleurs, cette triste réalité est atténuée par les chiffres fournis par l’enquête menée par « MALI-METRE » qui révèle que 56% des maliens avaient confiance en la justice en 2020.

A en croire le ministre de la justice, ce résultat est à l’actif des différents efforts fournis par la Transition qui a largement contribué à une certaine perception positive des concitoyens à la justice. Mais Kassogué veut faire mieux en mettant l’accent sur les dysfonctionnements dont il a parlé. Mieux que son serment de rendre une justice saine en tant que magistrat, le garde des sceaux est en train de rédiger un testament. Si les réformes qu’il est en train d’engager marchent, il aurait écrit une page glorieuse de l’histoire du Mali dont se souviendront les citoyens.

Soumaila Diarra

Source : LE PAYS

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