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Roberto Magic Sapeur au cours de notre interview : « j’ai décidé de cracher certaines vérités à travers mes chansons »

Arouna Sylla connu sous le nom de Roberto Magic Sapeur est un  artiste chanteur, musicien, arrangeur malien. Ce natif de Ségou s’est imposé dans la musique malienne par son style et surtout il s`était attiré la ferveur et la sympathie de la junte féminine avec son premier opus, “Jamanatiew“, sorti en juillet 2000. D`ailleurs sa carrière musicale est une histoire de passion et d`amour. Des sentiments qui l`ont conduit auprès de Papa Gaoussou Diarra “Pèkèlè” pendant au moins trois ans pour maîtriser l`art de la chanson. Appelé encore « Avocat défenseur des femmes » avec plusieurs albums sur le marché Discographique malien, il ne fait aucun doute que Roberto Magic s`est imposé comme une valeur sûre de la musique par son engagement pour dénoncer la mauvaise gestion du bas jusqu’au sommet de l’État au prix de sa vie. Lisez l’interview !

Le PAYS : comment êtes-vous venu dans la musique ?

Roberto Magic Sapeur : pour exercer un métier, il faut en avoir l’amour. J’ai d’abord eu l’amour de ce travail, car je chantais depuis tout petit. Cette passion pour la musique m’a amené à Ségou en 1996 chez  Feu Papa Gaoussou Diarra dit Pèkèlè (que son âme repose en paix !), chanteur du groupe super Biton de Ségou, pour apprendre à chanter et à jouer les instruments. Aux côtés de lui, j’ai beaucoup appris durant trois ans et c’est ce qui m’a permis de devenir ce que je suis aujourd’hui Dieu merci.

Comment voyez-vous la musique malienne aujourd’hui ?

Actuellement on ne comprend rien dans musique malienne. Bien vrai que les artistes travaillent beaucoup, les musiciens pareils, la musique malienne est à terre, les artistes souffrent beaucoup. La seule explication est que les responsables en charge de la culture malienne ne jouent pas pleinement leur rôle. Dans notre métier le rôle du chanteur est différent de celui du musicien, mais le fait que l’artiste arrive pleinement à vivre de son art n’est du ressort des hommes de culture, mais des décideurs politiques. Au Mali l’art ne nourrit pas son homme.

La plupart des Maliens vous connaissent en tant que défenseur des femmes  à travers la musique d’où le nom ‘’l’avocat défenseur des femmes’’. Mais ces derniers temps, vous êtes devenu un  artiste engagé qui dénonce la mauvaise gouvernance. Quelles lectures faites-vous de la gestion du pays et aussi de la situation sécuritaire, les massacres au centre du Mali ? 

Je suis un artiste chanteur, j’ai demandé à Dieu de me permettre durant ma carrière de soutenir les femmes dans leurs souffrances à travers ma musique et de mettre les femmes dans leurs droits. Donc, c’est pour cette raison qu’on m’a donné le nom de ‘’l’Avocat défenseur des femmes du Mali’’. Je n’ai pas eu la chance de devenir journaliste, ou un haut responsable de l’État. Mais aujourd’hui ma musique est en train de prendre une autre tournure qui n’est autre chose (d’après un adage bamanan ‘’ si le bouc mord, le chien aura honte’’) qu’une réponse aux situations qui prévalent dans mon pays. Au Mali, beaucoup de choses anormales se passent et tout le monde est assis sans aucune réaction. Raison pour laquelle, j’ai décidé de cracher certaines vérités à travers mes chansons.

Concernant la situation actuelle du pays, les crimes, les massacres qui sévissent au Mali ne m’ont pas surpris du tout. Je donne une précision, je ne suis pas contre un X ou un Y, mais je combats le système de gestion adopté par nos dirigeants actuels sinon je ne suis contre personne physiquement. En 2013 lors de la campagne présidentielle, j’avais mon salon de coiffure dernière la maison d’un vieux qui s’appelait  Amadou Samba Ouologuème ; un jour, on était regroupé autour du thé, on parlait des candidats, chacun défendait le sien, le vieux Samba prêtant attention à  notre discussion est venue vers nous en disant : « Les jeunes, j’écoute votre discussion et vous parlez des candidats. Parmi eux aujourd’hui le plus charismatique  c’est Ibrahim Boubacar Keita (IBK), mais s’il vient au pouvoir, le peuple souffrira, il y aura trop de morts, et le pays va tomber sous son règne. IBK a une habitude, il essuie ses lèvres avec sa langue ; chez nous les traditionalistes appellent ce genre de personne un homme salamandre et si par inadvertance vous l’élisez, le pays sera frappé par des malheurs ».

Je n’ai pas oublié les allocutions du vieux Amadou Samba Ouologuême qui est sage.  Donc, ce que nous vivons, je ne suis aucunement surpris. Malgré que je ne sois pas surpris, je n’accepterai jamais ces situations. Au Mali, nous sommes un seul peuple. Il n’y a jamais eu de différence entre nous à plus forte raison un problème entre les ethnies. La situation au centre est telle parce que l’État a failli à sa mission de sécuriser les personnes et leurs biens. Donc la population a décidé de se protéger à travers des milices d’autodéfense. Mais concernant les attaques, les massacres, il y’a un complot, car il y a des groupes armés qui sont là, qui s’habillent en tenue Donzo pour attaquer les peulhs et vice-versa. Nous savons que quand IBK venait au pouvoir, la crise se limitait à Kidal, aujourd’hui elle se situe au centre du Mali. Donc, si le peuple ne réagit pas, elle viendra dans la capitale. C’est inévitable.

Quels sont projets ?

Pour que je puisse avoir un projet, il faut que le pays soit stable. Dans cette situation d’instabilité, je ne pourrais pas parler de projets. Les personnes qui dénoncent la mauvaise gouvernance de ce régime sont menacées. On sera assassiné on ne sait pas ou on pourrait même disparaître comme le journaliste Birama Touré si on ose certaines choses. Donc, dans ces conditions, je n’ai pas de projets.

Votre mot de fin

Je salue la rédaction du journal Le PAYS, les artistes maliens. Je lance un appel à l’ensemble du peuple malien de se lever contre ce régime qui a échoué sur tous les plans. C’est le peuple qui peut trouver la solution, nous avons fait le premier pas, c’est au peuple maintenant d’agir.

Ibrahim Sidibé, stagiaire

Source : www.lepays.ml

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