Tout semble parti du 18 août 2020 avec l’arrivée des militaires au pouvoir au Mali. Une date qui marque le basculement de l’ordre mondial établi depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Avec le deuxième Coup d’État survenu en mai 2021, les autorités maliennes ont décidé de changer les pas de danse. Très vite, les tensions s’invitent au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Cette Cédéao, considérée comme la communauté, la mieux intégrée de toutes les organisations sous régionales du continent africain, a tenu vaille que vaille à un retour à l’ordre constitutionnel. Raison toute somme, de sa décision d’imposer de lourdes sanctions au Mali en janvier 2022. Sauf que, la réalité était tout autre. Ces sanctions, en lieu et place de déstabiliser la transition, ont renforcé le sentiment nationaliste au Mali à travers la mobilisation gigantesque du 14 janvier 2022, instituée depuis 2023 comme la « Journée de la Souveraineté retrouvée ».
Le Burkina Faso en septembre 2022, puis le Niger, en juillet 2023, emboîtent le pas au Mali. Les trois pays consacrent la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec l’affirmation de leur volonté de souveraineté, d’autonomie sécuritaire et de réorientation de leurs partenariats internationaux. L’AES a été créée dans un contexte de fortes tensions. En effet, le coup d’État intervenu le 26 juillet 2023 au Niger a conduit à de fortes menaces et intimidations. La Cédéao qui entendait tant bien que mal laver « l’affront » tel une « Nyeleni » a branlé la menace d’une intervention militaire pour y rétablir l’ordre constitutionnel en restituant le Président déchu Mohamed Bazoum dans ses fonctions. Et ce, au mépris de la position exprimée par l’Union africaine qui a mis en avant la « concertation » et la « recherche de solutions politiques » plutôt que militaires.
Niamey n’a pu compter que sur le soutien de ces deux voisins directs (le Mali et le Burkina Faso) qui ont fait montre de leur soutien sans faille, eu égard des nouvelles autorités nigériennes, dès les premières ayant suivi le coup de force. Et dire qu’un usage de la force envisagé contre le Niger serait considéré comme une « déclaration de guerre » à leur encontre. Ils y ont déployé des avions militaires afin d’aider le Niger à se défendre contre toute agression « injuste ». Les accords de défense qui liaient le Niger à la France ont aussitôt été dénoncés.
L’issue d’un baroud d’honneur
Bien que désenclavée, l’AES constitue un pont naturel entre les États membres de la Cédéao. À la suite de son baroud d’honneur, la CEDEAO est mise devant le fait accompli. Car, à force de batailler et à créer de l’antagonisme, on finit certes par mettre en mal l’adversaire, mais jamais on n’obtient l’accord sincère. D’autant plus qu’on ne menace pas une femme enceinte avec la peau de la banane, symbole des États meurtris par l’hydre terroriste depuis plus d’une décennie. Ceci se manifeste justement à travers la création de l’AES qui, au lieu d’accepter de subir et de céder aux chantages et aux intimidations, a choisi de prendre son destin à bras le corps. Cette nouvelle ambition trouve sa légitimité dans sa volonté de conjuguer les efforts en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière.
Avec l’exacerbation de la crise malienne en 2012, plusieurs forces étrangères se sont succédées au Mali, dont celles de l’ONU, de la France et de l’Union européenne (UE). Pour la France, elle intervient d’abord sous le couvert de l’opération « Serval » qui se substituera miraculeusement à l’opération « Barkane ». Comme si cela ne suffisait pas, les 27 pays de l’UE se mettent ensemble pour la création d’une nouvelle force dénommée »Takuba » (le sabre) en dépit des manques de résultats des forces préexistantes. Mission accomplie ou sacrifice inutile ? En clair, toutes ces missions se sont révélées inefficaces. Attendu qu’elles n’ont ni eu raison de la rébellion ni du terrorisme qui s’est particulièrement étendu par la suite au reste centre du Mali. Des villages entiers ont été rayés de la carte sans que ces missions ne lèvent le doigt avec toutes leurs technologies, sans citer la destruction des camps militaires.
Comme le disait, à juste titre, l’ancien Président du Burkina Faso, Thomas Sankara : « nous avons besoin des aides qui nous aident à passer des aides ». Ce qui n’a pas été le cas. C’est dans cette optique que le Mali a opté pour une réorientation stratégique de sa politique extérieure en se tournant vers des partenaires comme la Russie et la Turquie. En occident, l’on a eu du mal à avaler cette pilule de changement de fusil d’épaule. Ce qui a donné naissance au départ des forces françaises et européennes. Le Mali décidera d’aller plus loin en exigeant le départ des forces onusiennes (Minusma).
Après le départ des forces françaises du Burkina, le Niger et le Tchad restaient les derniers alliés de Paris au Sahel. Le renversement de Bazoum (toujours détenu) a cassé l’aile de la présence française au Sahel. Les trois pays de l’AES entament des réformes profondes en harmonisant, par exemple, les cadres juridiques pour mieux lutter contre la criminalité transfrontalière, le trafic et d’autres défis transnationaux. En termes de sécurité, la Force unifiée de l’AES enchaîne déjà des « succès » dans la zone des trois Frontières. Cette force avec un double objectif permet et de sécuriser les frontières communes et de défendre ces États en cas d’agression extérieure. Des États qui partagent une même histoire autour de l’empire manding. Les frontières physiques établies à l’indépendance semblent disparues.
La souveraineté, elle n’est pas que politique et sécuritaire, elle est aussi économique. Les États membres de l’AES ont supprimé les frais d’itinérance mobile entre eux et mis en place une douane unifiée de 0,5 % sur les extra-AES. Les travaux de la Banque d’investissement régionale de l’AES sont également en cours. Ce qui permettra le financement des infrastructures et l’appui au développement industriel et agricole. En outre, la révision des contrats d’exploitation des ressources minières a permis de placer plus haut la part des États.
Des médias servis
Dans ce combat de souveraineté, des médias internationaux ont été servis. Il est clair que le journalisme n’exige pas de neutralité, mais d’impartialité. Il est aussi limpide comme l’eau de la source qu’en journalisme, toute information est conflictuelle. Mais, de là à oublier les fondements éthiques et déontologiques de ce beau métier en privilégiant le raccourci des invectives biaisées, cela doit pousser plus d’un à s’interroger sur les réelles intentions et missions d’un certain nombre de médias occidentaux. La diabolisation des régimes qui ne font pas l’affaire des puissances occidentales est le terrain favori de ces médias à grande audience. Moult personnes se souviennent encore des informations de la détention des armes de destruction massive en Irak devenue l’argument déclencheur de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, de la fameuse question de l’utilisation des armes chimiques dans la crise syrienne avec son corolaire d’images manipulées, ou encore et encore des questions de tuerie de masses sous Mouhamar Khadafi. La suite de ces événements est connue. Et pour ne citer que ces quelques cas, ces médias ne sont pas des novices sur ce terrain. Ils ont particulièrement rendu la vie dure à l’ancien Président guinéen Capitaine Moussa Dadis Camara qui affirmait dans une interview que « Jeune Afrique lui aurait proposé un deal de 500 mille dollars américains pour juste soigner son image ». Ces coups, l’AES les a anticipés en procédant à la suspension en série de nombreux médias.
Dans ses relations avec la CEDEAO comme le reste du monde, l’AES a misé le principe de la réciprocité. Cette politique lui a valu le respect de la communauté internationale. Dans un monde de plus en plus crépusculaire, seule est salvatrice la voix commune des Nations en développement autour d’une vision commune pour et dans l’intérêt des peuples. Le salut de l’Afrique ne viendra ni de l’Occident encore moins de l’Orient, mais de l’unité de son peuple. L’Afrique vit, à l’instar d’autres contrées du monde où tous les peuples sont passés par des moments de turbulences, voire de tempêtes. Ils ont réécrit leur propre histoire. Pour preuve, la Révolution française de 1789 a eu raison du roi Louis XVI. Une crise constitue toujours un nouveau départ. Après ses crises, l’empire manding s’est étendu de la Gambie au Niger, des forêts tropicales aux portes du Sahara, selon le griot des familles fondatrices de Bamako, Bourama Soumano. Il y a battu sa renommée sur des valeurs de cohésion au profit de l’intérêt des peuples.
Kémoko Diabaté
