Dans la grande fresque humaine de Bourem, certains visages traversent les générations. Peuvent devenir des repères. Celui de Fatoumata Alzouma, communément appelée Fatto Alzouma, 72 hivernages sur cette terre battue de Bourem, appartient à cette catégorie rare : des femmes qui ne cherchent ni lumière ni honneurs, mais qui finissent par incarner l’âme d’une cité. Parce que enracinée comme femme engagée !
Grandir à Bourem dans les années 1950 et 1960, c’était apprendre très tôt la valeur de la solidarité. Fatto porte en elle cette culture de l’entraide qui structure les communautés du Nord-Mali. Sociable, attentive, naturellement rassembleuse, selon tous les témoignages recoupés, elle s’est imposée, sans bruit, comme une figure de confiance.
Son parcours administratif débute au Cercle de Bourem, où elle occupe le poste de Secrétaire pendant trois ans. Rigueur, discrétion et sens du service public ont marqué cette étape. Dans un environnement souvent dominé par les hommes, elle fait valoir compétence et constance, posant les bases d’un engagement plus large.
Auparavant, la carrière d’artiste a pris le devant, avant la militante sociale. Qui deviendra plus tard Conseillère Municipale.
Jeune, Fatto fut actrice de théâtre. Elle participe à la prestigieuse Biennale Artistique et Culturelle des Jeunes du Mali, rendez-vous majeur de la jeunesse malienne, où se révélaient les talents des différentes régions du pays. Elle y représente avec fierté sa localité Bourem, portant la voix et les couleurs du Nord. Son ouverture dépasse alors les frontières nationales.
Elle prendra plus tard part, par exemple, à des salons et foires internationaux, notamment à Tunis, sous l’ère du Président Habib Bourguiba. À une époque où les déplacements internationaux étaient rares, surtout pour les femmes de l’intérieur du Mali, qui plus est du septentrion, cette participation témoigne de son audace et de sa stature. Elle voyage alors au nom du Mali, ambassadrice culturelle avant même que le mot ne devienne courant.
De retour à Bourem, elle met son énergie au service des femmes. Elle anime et accompagne des groupements féminins tels que Dollar-Garantie, mais aussi des associations aux noms évocateurs : Céré Faaba (l’entraide), Souri (la patience).
Ces structures sont au-delà du simple regroupement : elles constituent des espaces d’autonomisation économique et morale. À travers elles, Fatto défend la solidarité, la responsabilité collective et l’indépendance progressive des femmes.
Très active dans les associations sociales, elle est présente dans les moments heureux comme dans les épreuves : mariages, baptêmes, deuils, campagnes de sensibilisation. Elle incarne cette génération de femmes-piliers, discrètes mais indispensables. Le couronnement ne peut être que l’engagement politique local qui en sera issu.
Son sens du service l’amène naturellement vers la gestion communale. Élue Conseillère Municipale à la Mairie de Bourem lors du dernier scrutin communal, sous la bannière du Parti pour le Développement et la Solidarité (PDS), elle apporte son expérience associative au cœur des décisions locales. Son approche n’est pas celle du discours tapageur, mais celle du dialogue.
Elle connaît alors les réalités sociales, les difficultés des femmes, les attentes des jeunes. Sa parole est nourrie par des décennies de terrain et une mère pour plus que ses enfants
C’est pourquoi les témoignages parlent souvent d’elle comme d’une « excellente maman au foyer et dans la vie de tous les jours ». Pas seulement pour ses propres enfants, mais pour les jeunes de Bourem en général.
Conseillère, confidente, éducatrice informelle, elle transmet des valeurs de respect, de patience et de dignité.
Bonne cuisinière, elle perpétue aussi les savoir-faire culinaires traditionnels, ces moments autour du plat partagé qui cimentent les relations sociales.
Fatto Alzouma n’a pas dirigé de grandes institutions nationales, mais elle représente une vie à Bourem, une vie pour sa culture au service de sa commune. Son parcours relie des dimensions essentielles : la culture, par le théâtre, le social, par les associations féminines et le politique par son mandat municipal. Ainsi, c’est toute une époque qui parle : celle des femmes de conviction, patientes mais déterminées, enracinées dans la tradition et ouvertes sur le monde.
Dans l’histoire vivante de Bourem, cela doit être su, la présence et la transmission d’une telle femme : Fatto Alzouma !
(Source BURAM TIIRAA)
