À la veille de la Journée internationale contre l’utilisation d’enfants soldats, célébrée chaque 12 février, les Nations Unies ont tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur persistante du recrutement d’enfants dans les conflits armés.
Le Nigéria figure parmi les pays les plus touchés, aux côtés de la République démocratique du Congo, de la Somalie, de la Syrie et du Myanmar. La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, Vanessa Frazier, a qualifié le recrutement d’enfants de « l’une des violations les plus répandues et les plus dévastatrices » dans les zones de guerre. Selon elle, « rien qu’en 2024, plus de 7 400 enfants ont été recrutés ou utilisés par les forces armées et les groupes armés », un chiffre qui ne tient compte que des cas vérifiés. Elle a également rappelé que, sur les trente dernières années, plus de 220 000 enfants ont été séparés de groupes armés grâce aux efforts internationaux.
Au Nigéria, les données détaillées figurent dans le rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur les enfants et les conflits armés (S/2024/559). L’équipe spéciale de pays a confirmé que 821 enfants, âgés de 6 à 17 ans, ont été recrutés et utilisés en 2022 (136 cas) et en 2023 (685 cas). Parmi eux, 303 garçons et 518 filles. Les violations ont été attribuées principalement à Jamaatou Ahl es-Sunna lid-Daawaati wal-Jihad (628 cas) et à la « Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique » (187 cas). Trois cas ont été imputés aux forces de sécurité nigérianes et trois autres à la Force civile mixte, pour des tâches domestiques telles que le portage et le ménage.
Les enfants ont été utilisés à des fins sexuelles (438 cas), pour des tâches auxiliaires (338) et au combat ou dans des rôles assimilés (50). Les faits se sont concentrés essentiellement dans l’État de Borno (724 cas) et dans celui d’Adamawa (97 cas). La majorité des enfants concernés, soit 801, ont été libérés ou se sont échappés durant la période examinée, tandis que 20 restaient associés aux groupes armés au moment de la rédaction du rapport.
Le rapport souligne une forte augmentation des cas confirmés par rapport à la période précédente, où 70 cas seulement avaient été recensés. En 2023, 685 enfants ont été recrutés ou utilisés, contre 136 en 2022. Cette hausse s’expliquerait en partie par la confirmation tardive de cas concernant des enfants enlevés les années antérieures et ayant réussi à s’échapper en 2023. Le recrutement d’enfants s’inscrit dans un contexte d’insurrection prolongée dans le nord-est du Nigéria, où des groupes armés, notamment Boko Haram et ses factions, opèrent depuis plus d’une décennie. Selon le rapport, 819 enfants ont été enrôlés à la suite d’enlèvements. Parmi eux, 361 ont subi des violences sexuelles dans le cadre de leur association forcée aux groupes armés.
« 181 nourrissons et enfants en détention »
Les enfants ont été contraints de participer aux combats, d’assurer des tâches domestiques, de collecter des renseignements ou encore de subir des mariages forcés. Le rapport confirme 439 cas de violences sexuelles commises contre des enfants âgés de 10 à 17 ans, dont 432 filles et 7 garçons. La majorité de ces violations a été attribuée aux deux principaux groupes armés actifs dans la région. Au-delà du recrutement, d’autres violations graves ont été documentées. L’équipe spéciale a confirmé que 135 enfants ont été tués ou mutilés durant la période examinée, principalement dans l’État de Borno. Les causes incluent des tirs croisés, des engins explosifs improvisés, des restes explosifs de guerre et des bombardements.
Le rapport fait également état de la détention de 181 nourrissons et enfants par les forces de sécurité nigérianes pour association réelle ou présumée avec des groupes armés. Ces enfants, âgés de deux semaines à 17 ans, ont été détenus notamment à la caserne militaire de Giwa à Maiduguri avant d’être transférés vers un centre de transit à Bulumkutu, puis réunis avec leurs familles. Les conditions de détention se seraient améliorées par rapport à la période précédente, bien que certains enfants aient partagé leurs cellules avec des adultes.
Les Nations Unies soulignent que les chiffres vérifiés ne représentent probablement qu’une fraction de la réalité. La stigmatisation, la peur des représailles, l’insécurité persistante et l’accès limité aux services entravent la remontée des cas. L’ONU affirme aussi collaborer avec les autorités et les groupes armés afin d’obtenir la libération des enfants et d’assurer leur réintégration. L’UNICEF et ses partenaires fournissent un accompagnement psychosocial, un accès à l’éducation et un soutien communautaire.
KD
