D’hier dimanche 15 à ce lundi 16 février, le Président nigérien, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani est en visite en Algérie après un temps de brouilles diplomatiques entre les deux pays suite au différend diplomatique survenu entre le Mali et l’Algérie début avril 2025.
Les récentes évolutions marquent un tournant dans les relations entre l’Algérie et le Niger. Le 12 février 2026, l’ambassadeur du Niger accrédité à Alger a repris ses fonctions, tandis que le président algérien Abdelmadjid Tebboune a donné instruction pour le retour, avec effet immédiat, de l’ambassadeur d’Algérie à Niamey. Cette décision, officialisée par un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères, est présentée comme une mesure visant à renforcer les « relations de fraternité, de coopération et de bon voisinage » entre les deux pays.
Dans la continuité de ce geste diplomatique, le président nigérien, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, effectue les 15 et 16 février une « visite de fraternité et de travail » en Algérie, à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune. Selon les communiqués officiels, cette visite vise à consolider les liens bilatéraux et à examiner des questions politiques liées au continent africain en général et à la région sahélo-saharienne en particulier. Les autorités algériennes évoquent également la relance d’une coopération multiforme et la concrétisation de projets stratégiques au bénéfice des deux peuples et de l’intégration régionale et continentale.
Ces développements interviennent après une période de tension diplomatique. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, un drone de surveillance armé, de fabrication turque et de type Baykar Akıncı, été abattu près de la frontière algérienne. L’Algérie avait présenté cet acte comme une mesure de protection de son espace aérien. Une version aussitôt contestée par le Mali. En réaction, les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), composés du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont rappelé leurs ambassadeurs accrédités auprès de l’Algérie pour consultation, dénonçant l’incident comme un acte hostile. L’Algérie avait à son tour rappelé ses ambassadeurs au Mali et au Niger et différé la prise de fonction de son nouvel ambassadeur au Burkina Faso. La synchronisation des retours diplomatiques observée le 12 février 2026 marque donc une étape formelle vers l’apaisement du climat diplomatique.
Le contexte régional dans lequel s’inscrit cette normalisation est structuré par l’émergence et la consolidation de l’AES. Cette alliance affirme une volonté de coopération renforcée en matière sécuritaire, politique et économique. Elle s’inscrit dans un environnement sahélo-saharien touché par des défis sécuritaires persistants, des recompositions institutionnelles et une redéfinition des partenariats régionaux.
Même si certains observateurs s’inquiètent d’une bataille informationnelle susceptible d’affecter la cohésion de l’espace « aesien », les éléments factuels disponibles dans les communiqués officiels algériens et nigériens insistent, toutefois, principalement sur la relance du dialogue politique, la coopération bilatérale et l’examen des questions régionales. L’implication immédiate de la restauration des relations diplomatiques entre Alger et Niamey est la reprise des canaux institutionnels de dialogue au plus haut niveau. Le retour des ambassadeurs et la visite présidentielle créent un cadre formel pour la discussion des dossiers bilatéraux et régionaux. Cette dynamique peut contribuer à réduire les tensions nées de l’incident de 2025 et à stabiliser les relations entre un État membre de l’AES et Alger.
Sur le plan régional, cette normalisation peut être vue sous plusieurs angles. D’une part, elle témoigne de la capacité des États concernés à rétablir des relations diplomatiques après une crise. La référence explicite à la coopération multiforme et aux projets stratégiques suggère une volonté de dépasser la phase de confrontation pour revenir à une logique pragmatique. D’autre part, elle intervient dans un contexte où l’AES affirme son autonomie stratégique et sa cohésion interne. La restauration des relations entre le Niger et l’Algérie ne constitue pas forcément une remise en cause de l’alliance, mais elle introduit une nouvelle configuration relationnelle.
L’examen annoncé des questions politiques liées au continent africain et au voisinage sahélo-saharien ouvre la possibilité d’une coordination plus large sur des enjeux sécuritaires, économiques et d’intégration. L’Algérie, acteur central en Afrique du Nord et au Maghreb, partage avec le Niger des frontières et des préoccupations communes en matière de stabilité régionale. La reprise du dialogue pourrait ainsi influencer l’équilibre des interactions entre l’AES et ses voisins.
La cohésion interne de l’alliance repose sur la confiance et la coordination entre ses membres. Les implications de cette visite pour l’AES dépendront de la manière dont cette relance bilatérale s’articulera avec la dynamique confédérale.
KD
