En collaboration avec l’Ambassade du Royaume uni au Mali, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a organisé, le 3 avril dernier au sein de l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Beye (EMP-ABB), le Forum national sur les origines endogènes des droits des femmes au Mali, placé sous le thème, « Les sources endogènes des droits des femmes au Mali : de Kurukan Fuga aux manuscrits de Tombouctou ».
La cérémonie d’ouverture était présidée par la représentante du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, colonel Oumou Diarra. Elle avait à ses côtés la présidente par intérim de la CNDH, Me. Aïssata Founè Tembely, ainsi que l’Ambassadeur du Royaume-Uni au Mali, M. Argus Nickee. Selon la représentante du ministre, la question des droits des femmes demeure une priorité stratégique pour le pays. Elle est au cœur des enjeux de paix durable, de stabilité et de développement inclusif.
Cependant joute le colonel Oumou Diarra, il est important de souligner avec clarté que les droits des femmes ne sont nullement étrangers à nos réalités socioculturelles. Bien au contraire, les sociétés maliennes regorgent de valeurs, de normes et de mécanismes traditionnels qui ont, depuis toujours, consacré la dignité, le respect et la protection de la femme. Les sources endogènes des droits des femmes constituent ainsi un levier fondamental pour favoriser leur appropriation par les communautés et renforcer l’efficacité des politiques publiques en la matière. Dans ce discours d’ouverture, elle dira que le forum offre une opportunité précieuse de revisiter nos référents culturels, de valoriser les pratiques traditionnelles positives, et de déconstruire les perceptions erronées qui freinent encore la pleine réalisation des droits des femmes. Et de souligner qu’il permettra de formuler des recommandations pertinentes en vue d’une meilleure intégration des valeurs endogènes dans les stratégies nationales de promotion des droits des femmes.
Un espace de réappropriation, un cadre de réflexion et de dialogue entre tradition et modernité
Prenant la parole, la présidente par intérim soulignera que la tenue de ce forum s’inscrit dans le cadre de la mission fondamentale de la CNDH, celle qui vise à promouvoir et à protéger les droits humains, tout en contribuant à leur appropriation par les populations. À ses dires, ce forum fait suite à une série de sessions de sensibilisation organisées dans plusieurs localités du pays, notamment à Kangaba, Ségou, Koulikoro, Siby, Fana et Gao. Ces activités de terrain ont permis d’engager un dialogue direct avec les communautés, les autorités traditionnelles et religieuses, ainsi que les jeunes, autour de la compréhension locale des droits humains. Elles ont été conduites sur la base d’un travail de recherche documentaire approfondi réalisé par un consultant recruté à cet effet. « Ce travail a permis de mettre en lumière la richesse de nos traditions, de nos normes sociales et de nos mécanismes communautaires en matière de protection des droits, en particulier ceux des femmes », a soutenu l’avocate inscrite au Barreau du Mali. Suivant Me Aîssata Founè Tembely, pendant longtemps, les droits des femmes ont été perçus, à tort, comme une importation étrangère, parfois en décalage avec nos réalités socioculturelles. Or, notre histoire, riche et profonde, nous enseigne tout le contraire. « Du Serment des Chasseurs à la Charte de Kurukan Fuga, en passant par les Manuscrits de Tombouctou, notre pays regorge de références authentiques qui consacrent la dignité, le respect et le rôle central de la femme dans la société », a-t-elle déclaré, indiquant que ce forum se veut un espace de réappropriation, un cadre de réflexion et de dialogue entre tradition et modernité, entre savoirs ancestraux et instruments juridiques contemporains. S’agissant, en clair, de démontrer, avec rigueur et conviction, que la protection des droits des femmes est profondément enracinée dans nos valeurs culturelles, et que la complémentarité entre droit coutumier positif et normes modernes est non seulement possible, mais nécessaire.
Des objectifs fixés
Via ce forum, a expliqué la présidente, il s’agissait d’identifier les mécanismes traditionnels de protection des femmes, d’analyser leur articulation avec le droit moderne, et de formuler des recommandations concrètes pour renforcer leur prise en compte dans les politiques publiques et les actions de sensibilisation. En la matière, les échanges tenus se sont articulés autour de trois axes majeurs, à savoir l’héritage historique et juridique de nos sociétés ; le rôle social et le leadership féminin dans les structures traditionnelles ; ainsi que les défis contemporains liés à la conciliation entre coutumes, foi et droits humains. De son côté, l’ambassadeur dira que le Royaume-Uni est fier d’accompagner cet effort à travers le projet « Sensibilisation de la population sur les origines endogènes des droits de l’Homme », financé dans le cadre du programme ‘’Magna Carta’’, qui soutient des approches profondément enracinées dans les réalités culturelles locales. Il trouve que ce forum permet de montrer que les droits des femmes, au cœur des droits humains, trouvent leurs fondements dans l’histoire, les valeurs et les traditions du Mali. Des textes fondateurs comme la Charte de Kurukan Fuga, les manuscrits de Tombouctou, ou encore les traditions orales, témoignent d’une reconnaissance ancienne du rôle et de la dignité des femmes. « Depuis octobre 2025, le projet que nous soutenons a permis des avancées importantes. Je tiens à saluer l’identification des textes et références endogènes…, » a-t-il énoncé.
Mamadou Diarra
