Le Mali a officiellement lancé, le 23 avril 2026 à Bamako, les concertations nationales relatives à la nouvelle Politique Nationale de Migration (PONAM) et à son plan d’action. Pendant deux jours, autorités, partenaires techniques et financiers, représentants de la société civile et de la diaspora ont été mobilisés autour d’un objectif commun : enrichir et consolider un document stratégique appelé à servir de boussole à la gouvernance migratoire du pays.
Au Mali, la migration s’impose comme une réalité structurelle et multidimensionnelle. À la croisée des enjeux de développement, de protection et de gouvernance, elle expose à la fois les candidats au départ, les pays d’origine, de transit et d’accueil à de multiples risques, tout en constituant un levier économique et social majeur. Dans ce contexte, la nécessité d’un cadre politique clair, inclusif et opérationnel apparaît comme un impératif pour orienter l’action publique et fédérer l’ensemble des interventions.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit la refonte de la PONAM, adoptée une première fois en 2014. Si cette politique initiale a permis de poser les bases d’une gouvernance migratoire structurée, son évaluation a également mis en lumière des insuffisances, dans un contexte profondément transformé par les mutations sécuritaires, climatiques et économiques. Pour les autorités maliennes, cette révision constitue ainsi une étape décisive, à la fois pour corriger les lacunes identifiées et pour adapter la stratégie nationale aux réalités contemporaines.
Dans son discours d’ouverture, le ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher, a insisté sur la portée historique de ces concertations. Il les a présentées comme un jalon fondateur dans la construction d’un cadre stratégique adossé à la Vision 2063 « Mali Koura Nièta Sira », qui place, selon lui, le citoyen, y compris celui de la diaspora, au cœur du projet national. Selon lui, la migration ne peut plus être appréhendée comme un phénomène périphérique, mais comme un enjeu stratégique, indissociable des dynamiques géopolitiques et économiques mondiales.
Le ministre a également souligné la volonté du Gouvernement d’ancrer fermement cette nouvelle politique dans la souveraineté de l’État, tout en assurant sa cohérence avec les orientations de la refondation et les dynamiques régionales, notamment au sein de la Confédération des États du Sahel. L’ambition affichée s’articule autour de plusieurs axes majeurs : faire de la migration un levier structurant de développement, renforcer la protection des Maliens à l’extérieur, promouvoir des voies de mobilité sûres et légales, valoriser les compétences et les investissements de la diaspora, et positionner le Mali comme un acteur crédible dans la gouvernance migratoire internationale.
Dans le même esprit, la représentante du chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Teressa Botella, a salué l’engagement des autorités maliennes dans ce processus stratégique, qu’elle inscrit dans une vision de souveraineté, de refondation et de développement durable. Selon elle, la PONAM constitue une opportunité de renforcer la cohérence des politiques migratoires et d’assurer une meilleure articulation entre migration, développement, protection et paix.
Depuis le lancement du processus en mai 2025, l’OIM accompagne étroitement le Mali, dans le cadre d’une feuille de route conjointe faisant de l’appui à la gouvernance migratoire et de la révision de la PONAM des priorités majeures. Cet accompagnement se traduit notamment par un appui technique structurant, incluant la coordination interinstitutionnelle, la mobilisation d’expertises, l’intégration des normes internationales et la facilitation du dialogue avec les différents acteurs, y compris les partenaires techniques et financiers.
Pour l’OIM, les concertations nationales représentent une étape clé pour garantir l’appropriation collective de la future politique et assurer l’alignement des interventions. L’organisation réaffirme ainsi son engagement à accompagner le Mali non seulement dans la finalisation du document, mais également dans sa mise en œuvre, son suivi et son évaluation, avec pour objectif de promouvoir une gouvernance migratoire efficace, inclusive et fondée sur des données probantes.
Au terme de ces assises, les participants sont appelés à produire une politique actualisée, plus cohérente, lisible et opérationnelle, assortie d’un plan d’action réaliste. Pour les autorités comme pour leurs partenaires, l’enjeu est désormais de traduire cette ambition politique en résultats concrets, au bénéfice des migrants, des communautés d’origine, de transit et de destination.
Issa Djiguiba
