Le Mali vient de perdre l’un des architectes majeurs de sa refondation sécuritaire. Le Général Sadio Camara, Ministre de la Défense et des Anciens Combattants, s’est éteint, laissant derrière lui le souvenir d’un homme dont le mutisme n’avait d’égal que l’efficacité.
Ô peuple du Mali, inclinons nos cœurs. Celui qui a fait du silence sa plus grande arme s’en est allé dans le fracas de l’honneur. Tombé les armes à la main, selon les autorités, au service sacré de la patrie, le Général Sadio Camara rejoint aujourd’hui le panthéon de nos ancêtres. Que chaque larme qui coule sur nos visages devienne une prière, et que chaque sanglot soit un témoignage de notre reconnaissance éternelle. De Kayes à Kidal, sans distinction aucune, le peuple fond en larmes. Mais ne pleurons pas comme ceux qui n’ont plus d’espoir, pleurons comme ceux qui saluent l’ascension d’un géant.
Derrière ce mutisme de fer se dessinait l’architecture d’une résilience nationale. Sadio Camara n’appartenait pas à cette race d’hommes qui cherchent dans le verbe une béquille à l’inaction. Il était le stratège de l’ombre. Celui qui préférait le bruit des réformes structurelles et le pas cadencé des troupes au tumulte stérile des scènes médiatiques. Dans un siècle où la parole s’évapore aussitôt prononcée, il avait compris que l’autorité véritable réside dans la retenue. Son silence n’était ni un retrait, ni une indifférence. Mais un sanctuaire où se forgeaient, loin des regards, les instruments de notre souveraineté retrouvée et la montée en puissance de nos forces armées.
Son parcours ne fut pas une simple carrière, mais une longue marche vers l’autel de la patrie. Des rangs du Prytanée militaire aux plus hautes sphères de commandement, il a gravi chaque échelon avec la discrétion des grands fauves. On devine dans son sillage l’empreinte de l’homme qui a connu la poussière des camps de formation avant les ornements des palais. Il a porté le galon comme on porte une croix, conscient que chaque étoile ajoutait un poids supplémentaire au fardeau de la sécurité nationale. En tombant en première ligne, il signe son ultime acte de commandement. Cela montre que le sang du chef appartient, lui aussi, à la terre qui l’a vu naître.
Sadio, tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout où nous sommes. Ta voix s’est tue, mais le tonnerre de tes actes résonne encore sur chaque centimètre de notre terre libérée. Que nos cœurs se rassérènent et que nos mains se lèvent vers le Très-Haut, car Sa parole est notre seul refuge : « Et ne pense point qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il ne leur accorde un délai que jusqu’au jour où leurs regards se figeront.» (Sourate 14, Verset 42).
Que le Tout-Puissant entende notre cri de résilience :« Mali bɛ lonbô lanbà, nka Mali tɛ bin abada ! » Le Mali peut tanguer sous le poids de la douleur, il peut vaciller sous les coups du destin, mais par la grâce de Dieu, jamais il ne s’écroulera. Seigneur, accueille Ton serviteur au plus haut degré du Firdaous, aux côtés des justes. À jamais, le Mali portera ton nom comme un bouclier. Dors en paix, vaillant soldat. La patrie veille.
Bagna MAÏGA/KD
