En prophétisant la chute de la Transition et en suggérant une balkanisation du pays sous la coupe du JNIM, l’élu parisien suscite une indignation légitime à Bamako. Analyse d’un délire néocolonial hors-sol.
L’analyse des récentes déclarations du député français Bruno Fuchs sur les ondes de RFI, largement relayées et commentées, suscite une indignation légitime. En prophétisant avec assurance la chute des autorités de la Transition à Bamako «dans quelques semaines ou quelques mois» et en suggérant une partition de fait du Mali sous forme d’État fédéral soumis à la charia du JNIM, l’élu français s’est livré à un exercice de pure ingérence politique.
Pour démonter cette rhétorique et lui opposer une réplique ferme en arguments de fond, il nous faut enterrer cette inclinaison bien française au paternalisme et ses manifestations infantilisantes dépassées.
Les propos de Bruno Fuchs sur l’inévitabilité d’un changement de regime orchestré depuis l’extérieur, sont un déni flagrant de la souveraineté malienne et violent le principe le plus élémentaire du droit international : la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain. Le sort politique du Mali, le choix de ses dirigeants et la conduite de sa Transition appartiennent de manière exclusive au peuple malien et à ses institutions. Dessiner depuis les studios parisiens ou les travées de l’Assemblée nationale française le calendrier d’une nouvelle transition, évincer le Général d’Armée Assimi Goïta de l’équation ou distribuer les rôles dans un futur exécutif imaginaire relève d’une posture « hors-sol ». C’est précisément ce type de comportement directif et donneur de leçons qui a scellé le divorce de la Françafrique avec les peuples du Sahel.
Le piège cynique de la capitulation face au terrorisme
La proposition la plus grave et la plus offensante du député français consiste à inciter l’État malien à négocier une refonte institutionnelle majeure avec les groupes djihadistes, en l’occurrence le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Bruno Fuchs évoque avec légèreté un scénario « à la nigériane », suggérant la création d’un État fédéral où certaines régions appliqueraient la charia.
Cette vision trahit une méconnaissance profonde des réalités du pays ou, plus grave, un cynisme géopolitique flagrant. Proposer la balkanisation ou la partition confessionnelle du Mali comme une solution viable revient à valider le projet de destruction de la République laïque et unitaire. Pour le peuple malien, l’intégrité territoriale et l’unité nationale ne sont pas des variables d’ajustement diplomatique que l’on peut brader sous la pression de groupes armés terroristes.
L’arrogance des prédictions à l’épreuve des faits
Prophétiser la fin d’un régime en lui donnant « quelques jours ou quelques semaines à vivre » relève de la méthode Coué et de la guerre psychologique plutôt que d’une analyse stratégique sérieuse. Depuis le début de la Transition, les prédictions occidentales annonçant l’effondrement imminent du Mali – économique, militaire ou politique – ont été systématiquement démenties par la résilience des populations et la réorganisation des forces armées maliennes (FAMa) sur le terrain.
En agitant le spectre d’un « scénario à l’afghane » ou en prétendant détenir des informations de première main sur les intentions des groupes terroristes, ce discours cherche à instiller le doute et à saper le moral national. La réalité montre que le Mali, à travers l’Alliance des États du Sahel (AES), a choisi la voie de l’autonomie stratégique et de la diversification de ses partenariats.
Solder la page post-colonial par les actes, non par les discours
L’ironie de cette sortie médiatique réside dans le fait que Bruno Fuchs a lui-même codirigé un rapport parlementaire en France appelant à «solder la page post-coloniale» et à cesser d’imposer «nos vérités et nos vues» à l’Afrique francophone. En se livrant le lendemain à un tel exercice d’oracle politique pour Bamako, il démontre l’immense fossé qui persiste entre les intentions affichées de renouvellement diplomatique et les vieux réflexes de tutelle.
La meilleure réponse du Mali à ces offensives rhétoriques demeure le renforcement de sa cohésion interne, la consolidation de sa souveraineté économique, sécuritaire, médiatique, et le refus absolu de se laisser dicter son destin par des officines étrangères.
L’Aube/Rédaction de Bamako
