Engagé dans un vaste chantier de refondation, le gouvernement malien entend doter le pays des compétences nécessaires pour accompagner sa transformation économique et sociale. Dans une communication rendue publique le 10 juillet, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Pr Bouréma Kansaye, a présenté les grandes lignes de ces orientations qui placent l’investissement dans les ressources humaines au cœur de la vision du Mali à l’horizon 2063.
Le gouvernement poursuit sa politique de refondation de l’État. Conscient du rôle important des capacités nationales, le gouvernement à travers le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique fait de l’éducation et de la formation un axe majeur de son action publique. Le ministre Bouréma Kansaye a annoncé cette vision dans une communication sous le thème : « Éducation et formation : deux piliers de l’insertion professionnelle et du développement de carrière ».
Dès l’entame de son intervention, le ministre a rappelé le fondement constitutionnel de cette orientation à savoir : « L’article 10 de la Constitution du 22 juillet 2023 qui énumère l’éducation et la formation comme des droits reconnus, donc des droits garantis dans notre pays », a-t-il souligné, avant de mettre l’accent sur le rôle déterminant du capital humain dans toute dynamique de développement.
Le ministre a rappelé que le Mali inscrit désormais sa politique éducative dans une vision de long terme, à travers la Vision Mali Kura Taama Sira ka bɛn san 2063 ma et la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (2024-2033). Des piliers qui font de l’éducation et de la formation technique et professionnelle des composantes essentielles de la transformation économique du pays. Le programme Sankorè, consacré au développement du capital humain par la réforme des systèmes éducatif et sanitaire, figure notamment parmi les projets structurants appelés à accompagner cette ambition.
Cette démarche s’inscrit également dans le prolongement des États généraux de l’Éducation organisés en janvier 2024 à la suite des recommandations des Assises nationales de la Refondation. Une consultation nationale qui avait permis d’identifier les principaux défis du secteur et de définir les pistes de réforme destinées à améliorer durablement le système éducatif.
En effet, le ministre a particulièrement insisté sur l’urgence d’investir dans la jeunesse, rappelant que les moins de 25 ans représentent plus de 60 % de la population malienne. « Le pays ne manque donc pas de talents. Il crée les conditions d’éclosion de ces talents multiples dont dispose notre pays », a-t-il déclaré, estimant que cette jeunesse constitue le principal moteur de l’émergence économique attendue au cours de la prochaine décennie.
Pour répondre à cet enjeu, le département de l’Enseignement supérieur entend poursuivre la restructuration du secteur afin de le rendre plus accessible et davantage orienté vers les besoins du marché de l’emploi. Cette politique passe par la création de nouvelles structures de formation, le développement d’universités régionales, de centres d’excellence ainsi que la professionnalisation des offres de formation.
Parmi les initiatives citées figurent notamment l’École de Guerre du Mali, avec son master en stratégie, défense, sécurité et développement, l’École de maintien de la paix Alioune Blondin Bèye, qui propose deux masters spécialisés, ainsi que l’Institut de formation professionnelle aux métiers de la Sécurité sociale, développé en partenariat avec l’Université Kurukanfuga de Bamako.
Au-delà de la formation initiale, le ministre a également plaidé pour une culture de la formation continue afin de permettre aux professionnels de s’adapter aux évolutions rapides des métiers. « Se former continuellement ou périr, bien sûr il s’agit de périr professionnellement », a-t-il affirmé, soulignant que les compétences doivent désormais être actualisées tout au long de la vie active.
Le gouvernement entend également renforcer les liens entre les établissements d’enseignement supérieur et le monde socio-économique afin d’adapter les cursus aux besoins réels des secteurs productifs. Cette approche se traduit déjà par la signature de conventions avec plusieurs organisations professionnelles, la création d’un centre d’excellence dédié à l’énergie solaire photovoltaïque ou encore l’opérationnalisation de la filière vétérinaire de l’Université de Sikasso, en cohérence avec les priorités nationales.
Cette politique s’inscrit enfin dans une dynamique plus large de refondation de l’État, marquée par l’adoption d’un Programme national d’éducation aux valeurs et par la proclamation des années 2026 et 2027 comme Années de l’Éducation et de la Culture. À travers cette orientation, les autorités ambitionnent de former des citoyens compétents, attachés aux valeurs nationales et capables d’accompagner durablement le développement du Mali.
Issa Djiguiba
