Après plus d’une année de tensions, Bamako et Alger actent pour la normalisation de leurs relations bilatérales. La réouverture réciproque des espaces aériens et le retour des ambassadeurs à leur poste respectif, au-delà de sa portée diplomatique, est une dynamique qui pourrait aussi peser lourd dans la balance de la lutte contre le terrorisme au Sahel longtemps plongé dans l’insécurité.
L’Algérie a finalement choisi la voie de l’apaisement avec le Mali. Dans un communiqué publié le 10 juillet 2026, le gouvernement de la Transition a annoncé le retour de son ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Alger ainsi que la réouverture de l’espace aérien malien à tous les aéronefs civils et militaires en provenance ou à destination de l’Algérie en réponse aux mêmes décisions prises par Alger quelques heures auparavant. Cette nouvelle dynamique ouvre une nouvelle séquence diplomatique dans les relations entre les deux pays voisins.
Au-delà du symbole, cette détente des tensions revêt une dimension stratégique. Avec près de 1 400 kilomètres de frontière commune, le Mali et l’Algérie partagent un espace particulièrement exposé aux mouvements des groupes terroristes, aux trafics d’armes, de stupéfiants, de carburant et aux réseaux criminels transnationaux.
Pour plusieurs observateurs, le retour progressif au dialogue entre les deux pays constitue un atout favorable pour l’ensemble de la région. La stabilité de la frontière algéro-malienne qui dépasse désormais le seul cadre bilatéral représente un enjeu stratégique pour l’ensemble de l’espace sahélien.
Il faut noter que les relations entre Bamako et Alger avaient commencé à se détériorer dès la fin de l’année 2023, notamment après l’accueil en Algérie de certaines figures de l’instabilité au Mali. Cette posture a été perçue par les autorités de la transition du Mali comme une ingérence dans leurs affaires intérieures. La dénonciation, en janvier 2024, de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger avait ensuite accentué les divergences entre les deux capitales.
La rupture s’était véritablement cristallisée au début du mois d’avril 2025 à la suite de la destruction d’un drone militaire malien près de Tinzaouatène. Alger affirmait que l’appareil avait violé son espace aérien, tandis que Bamako soutenait avec preuve à l’appui que tous les débris avaient été retrouvés à l’intérieur du territoire malien. Ce qui contredisait la thèse algérienne. L’incident avait alors conduit au rappel des ambassadeurs, à une succession de mesures de réciprocité ainsi qu’à la fermeture des espaces aériens des deux pays.
Dans un tel contexte, la levée par l’Algérie de ses propres restrictions aériennes se présente comme une acceptation de fait de la nécessité de reprendre le dialogue sur les bases de la position défendue par les autorités maliennes.
Si les différends de fond ne sont pas tous levés, le climat semble désormais plus propice à une coopération pragmatique sur le strict respect de l’intérêt supérieur des deux pays, surtout face à une menace existentielle toujours active.
Plus qu’un simple réchauffement diplomatique, ce dégel du point de vue de nombreux observateurs ouvre la perspective d’une coopération renouvelée au service de la stabilité régionale, un objectif que les deux États ont aujourd’hui intérêt à poursuivre dans la durée.
Issa Djiguiba
