Une lettre ouverte adressée jeudi au président de la FEMAFOOT par Me Bassalifou Sylla Babou Sylla, président du Djoliba AC, met en lumière un phénomène qui inquiète de plus en plus les acteurs du football malien : la sortie massive de jeunes joueurs, encore en formation, vers des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, dans des conditions souvent précaires et sans garanties contractuelles suffisantes.
Le président du club le plus titré du Mali ne remet pas en cause la liberté de circulation, garantie par les lois de la République. Il distingue cependant cette liberté fondamentale d’un départ organisé dans la précipitée, sans contrat en bonne et due forme, sans encadrement juridique et sans garanties concernant les conditions d’accueil, de formation, de rémunération ou de prise en charge du joueur à l’étranger. Une nuance essentielle, qui fait toute la différence entre une opportunité de carrière et un voyage vers l’incertitude.
Le tableau qu’il dresse est préoccupant. Ces jeunes, majoritairement des cadets et des juniors, n’ont pas encore atteint le niveau sportif nécessaire pour s’insérer durablement dans un championnat professionnel étranger. Certains se retrouvent ainsi loin de chez eux, sans club, sans ressources, sans statut régulier et parfois sans possibilité réelle de retour. À terme, ces départs insuffisamment encadrés priveraient également les clubs maliens et les centres de formation de leurs meilleurs éléments, fragilisant davantage un football national déjà en quête de structuration.
« L’objectif ne serait nullement d’empêcher nos jeunes de saisir les opportunités qui leur sont offertes à l’étranger. Il s’agirait de faire en sorte que l’émigration sportive soit une véritable opportunité de carrière et non un départ vers une situation d’incertitude et de précarité. »
— Me Bassalifou Sylla Babou Sylla, président du Djoliba AC
Pour remédier à cette situation, le président du Djoliba formule plusieurs propositions concrètes à l’adresse de la FEMAFOOT. Il suggère la mise en place d’un mécanisme de vérification des contrats proposés aux jeunes joueurs avant leur départ, la création d’un document officiel attestant du statut sportif du joueur et de la réalité de son engagement auprès d’une structure étrangère, ainsi qu’un renforcement de la collaboration entre la fédération, les clubs, les centres de formation, les services de l’État et la police aux frontières.
Il cite en exemple l’expérience ivoirienne, où des mesures ont été mises en place avec les services de police aux frontières pour mieux encadrer la sortie du territoire de jeunes se présentant comme footballeurs, en exigeant notamment la présentation de documents justifiant la réalité et le sérieux de leur projet sportif. Une approche que le Mali pourrait adapter à son propre contexte réglementaire, dans le strict respect de la législation nationale et des règlements de la FIFA.
Cette lettre ouverte intervient dans un contexte de dynamisme institutionnel pour la FEMAFOOT, qui vient de signer un contrat d’équipementier avec WA Team Sport, de nommer un nouveau Secrétaire général et de désigner le staff technique de la sélection U17 qualifiée pour le Mondial Qatar 2026. La protection des jeunes talents nationaux s’impose désormais comme un chantier supplémentaire, urgent et structurant, pour l’avenir du football malien.
Kémoko Diabaté
