La République du Mali a 66 ans. De la proclamation de l’indépendance à nos jours, le pays a connu plusieurs régimes, soient-ils dans la continuité ou la rupture totale avec les systèmes précédents. Chaque période a apporté ses propres réponses aux défis du moment. Soixante-six ans après le 22 septembre 1960, le changement engagé aujourd’hui tient surtout à la volonté de traiter simultanément plusieurs fragilités, notamment celles de la défense, de l’économie, de l’énergie ou du principe même de la souveraineté de l’État.
Depuis 1960, chaque période politique a laissé une empreinte particulière sur la construction nationale. Sous Modibo Keïta, le Mali indépendant s’est attaché à bâtir un État souverain, avec une forte intervention publique dans l’économie et une diplomatie africaine et non alignée. Le régime de Moussa Traoré a ensuite mis l’accent sur la stabilité de l’État et engagé progressivement des réformes économiques, avant d’être renversé en 1991. La transition conduite par Amadou Toumani Touré a ouvert la voie au multipartisme et au retour au pouvoir civil, avec la Constitution de 1992 comme fondement de la Troisième République. Alpha Oumar Konaré a marqué cette période par la consolidation des institutions démocratiques et la décentralisation. Amadou Toumani Touré, entre 2002 et 2012, a notamment mis l’accent sur le consensus politique, les infrastructures et le développement. Mais la crise de 2012 a toutefois révélé de profondes fragilités de l’État et de l’appareil de défense auxquelles la gouvernance d’Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas su faire face.
C’est pourquoi, le changement engagé en 2020 s’est traduit par une volonté de revoir le fonctionnement de l’État et de renforcer son autorité. Si la période démocratique était fondée sur la Constitution de 1992, la période actuelle s’inscrit dans la mise en œuvre de la volonté du peuple exprimée lors des Assises nationales de la Refondation, avec, en toile de fond, un nouveau cadre constitutionnel. Celui-ci réaffirme notamment la volonté de lutter contre la corruption, de renforcer la bonne gouvernance et de défendre la souveraineté. C’est pourquoi des réformes institutionnelles et administratives ambitieuses ont été engagées avec pour but de renforcer les mécanismes de lutte contre la corruption et d’accorder une place nouvelle aux légitimités traditionnelles.
Le gouvernement présente d’ailleurs ces réformes parmi les principaux acquis de la gouvernance actuelle, bien que la défense et la sécurité constituent également, sinon, le domaine où le changement apparaît le plus nettement. Provoquée, en grande partie par l’insécurité, une grande partie des efforts de la transition de 2020 porte sur la reconstruction d’un outil militaire davantage autonome, à travers notamment l’acquisition d’équipements, le renforcement de la formation, l’amélioration des capacités opérationnelles et l’adaptation de l’organisation de la défense aux réalités du terrain et à l’évolution de la menace. De plus, en juin 2026, le gouvernement a engagé une nouvelle évolution du cadre législatif relatif à l’organisation générale de la défense nationale. Les résultats opérationnels enregistrés ces dernières années illustrent la montée en puissance de l’armée malienne, même si la persistance de la menace sécuritaire est un signe que le chantier reste ouvert.
L’autre élément spectaculaire de cette transition se situe au niveau de sa diplomatie, restée totalement décomplexée sur la défense des choix stratégiques du Mali.
Ainsi, un accent particulier a été mis sur la diversification des partenariats stratégiques et de la souveraineté. La création de l’Alliance des États du Sahel en septembre 2023, puis sa transformation dans les mois qui ont suivi en Confédération, est un des témoignages les plus éloquents de cette dynamique. Loin de traduire un retrait du pays du multilatéralisme, cette nouvelle orientation politique vise plutôt à multiplier les marges de manœuvre pour l’atteinte d’objectifs spécifiques.
Sur le terrain économique, le changement le plus visible concerne la manière dont le Mali entend désormais tirer davantage de valeur de ses ressources nationales. Si l’agriculture, l’or, le coton, les infrastructures et les partenariats internationaux constituaient des secteurs importants sous les régimes précédents, le pouvoir actuel cherche à renforcer la part de l’État et des acteurs nationaux dans les activités extractives, à développer le contenu local et à accroître les retombées des ressources minières. Le Code minier de 2023 a notamment modifié le régime de participation de l’État et introduit de nouvelles dispositions relatives au contenu local. Désormais, la participation de l’État et des investisseurs privés nationaux atteint 35 % dans certains projets, contre 20 % auparavant.
Autant d’efforts sont également engagés dans d’autres domaines, même si certains chantiers restent en construction. L’énergie et les infrastructures demeurent toujours des défis importants. Mais des investissements ambitieux continues d’être engagées dans les centrales solaires, l’hydroélectricité, les réseaux électriques et la sécurisation de l’approvisionnement. En juin 2026, la BOAD a accordé un financement de 15 milliards de FCFA pour contribuer à la construction de la centrale hydroélectrique de Kourouba et à son raccordement au réseau électrique. En août, un financement additionnel de 19,744 milliards de FCFA a également été approuvé pour améliorer la fiabilité de l’approvisionnement en électricité à Bamako et les performances techniques d’EDM-SA.
Issa Djiguiba
