Si la valeur d’une liste de candidature se mesurait à l’empreinte réelle laissée sur les pistes et à la valeur des hommes qui la composent, le débat pour la présidence de la Fédération Malienne de Hippisme et des Sports Équestres (FMHSE) serait plié depuis longtemps. Car sur le papier comme sur la piste, le contraste entre les deux listes en compétition est saisissant.
D’un côté se dresse la liste menée par Sékou Djigué qui est une véritable armada composée de passionnés, de jeunes investis, de propriétaires de chevaux et de gestionnaires d’écuries. Pour ces acteurs du quotidien, le sport équestre n’est pas un marchepied institutionnel, mais une passion qu’ils financent et font vibrer à leurs propres frais. De l’autre côté, la liste portée par Mohamed Haïdara ressemble à s’y méprendre à un rassemblement de figurants disséminés entre les écuries. Sans chevaux, sans écuries pour la plupart, ces candidats semblent chercher dans les instances fédérales une existence sociale, un pouvoir décisionnel et, surtout, l’accès privilégié aux missions et partenariats, notamment avec le PMU Mali.
Un bilan sortant sous le signe de la débandade et de l’accaparement
Ce décalage qualitatif n’est que la partie visible d’une crise managériale plus profonde. À la tête de la fédération, le président sortant, candidat à un quatrième mandat, incarne pour de nombreux observateurs un échec de gouvernance flagrant. Si ses talents d’orateur et son aisance dans la langue de Molière sont reconnus de tous, ses capacités de gestionnaire, elles, restent à chercher. Incapable d’arbitrer une réunion sans la présence tutélaire du secrétaire général, le dirigeant aura mené ce troisième mandat vers une dérive prévisible.
Au fil des mois, le bureau exécutif s’est vidé de ses forces vives. Entre réunions sous haute tension ayant frôlé l’affrontement physique et désertion massive des membres fondateurs, la gestion est devenue le pré carré d’un noyau restreint. Pour pallier ces défections et atteindre un quorum de façade, il a fallu recourir à l’alignement de « membres fantômes », absents de toutes les instances mais toujours excusés pour valider les décisions.
Cette monopolisation du pouvoir éclate au grand jour lorsque l’on analyse les privilèges de voyage. En douze années de règne à la tête de la fédération, le président sortant a jalousement veillé à ne jamais se faire représenter lors des nombreuses missions fédérales menées en lien avec le PMU hors du continent. Dieu seul sait pourtant s’il y en a eu, sans qu’aucune de ces escapades n’apporte le moindre retombé palpable pour la caisse ou le développement de la fédération. Voir ce bureau décimé et accaparateur solliciter un nouveau bail relève d’une obstination qui interroge. Sur quoi repose cette volonté de passage en force alors que la base de la discipline a déjà tourné la page ?
Le hold-up électoral orchestré
Loin d’être un scrutin classique, cette assemblée générale a sombré dans l’irrégularité la plus totale avec une double vérification de mandats inédite et contraire à toute orthodoxie électorale.
Le premier contrôle de mandat a été exécuté de manière tout à fait illégale par le secrétaire général du bureau sortant, Affo Samba Koné, en lieu et place de la commission électorale de fait. Sans la moindre base juridique, ce dernier s’est arrogé le droit d’interdire l’accès de la salle à un délégué dûment mandaté, au profit d’un autre réputé plus favorable au président sortant. Cette injustice criante, dénoncée vivement sur place, a directement spolié le candidat Sékou Djigué d’une victoire nette dès le premier tour.
Comme si cela ne suffisait pas, le bureau sortant s’est retranché derrière une lecture orientée et erronée des articles 19 et 20 pour justifier l’exclusion des mandataires de la ligue de Trounkoumbé et de Bankass, au profit de leurs présidents respectifs incités à ramer à contre-courant. Dans sa manœuvre, le secrétaire général et membre du bureau sortant a sciemment occulté l’article 21, lequel balaie pourtant d’un revers de la main ces dispositions dès lors qu’il s’agit d’un sport individuel comme le hippisme, garantissant à chaque ligue, association ou société sportive une voix propre au sein de l’Assemblée Générale.
Un second contrôle s’est ainsi déroulé à l’intérieur de la salle, conduit par une pseudo-commission électorale juridiquement fantôme. Comment une institution ou un représentant siégeant à l’Assemblée Générale à un simple titre consultatif (à l’instar des observateurs de la tutelle ou des instances) pourrait-il s’improviser commission électorale ? Une voix consultative n’offre aucun pouvoir exécutif ou décisionnel pour valider des candidatures ou régenter un vote, sa mission se limitant à observer et garantir la légalité. En s’impliquant directement, cette structure a créé un conflit d’intérêts intolérable bafouant l’autonomie de la fédération.
Pire encore, pour justifier ce passage en force, les organisateurs n’ont pas hésité à piocher arbitrairement dans l’ancien statut pourtant abrogé, violant de fait le principe juridique sacro-saint selon lequel deux statuts ne peuvent coexister, le texte en vigueur stipulant clairement qu’il abroge toutes dispositions antérieures. En cas de lacune, seule une modification formelle en AGE ou la législation nationale s’applique, et non un texte mort-né exhumé pour les besoins de la cause.
Manifestement non préparée et péchant par un manque total de maîtrise des textes, cette commission a entériné l’exclusion du délégué de Trounkoumbé, favorable au candidat du renouveau. Dans un cas comme dans l’autre, la stratégie est diabolique, soustraire systématiquement des voix précieuses à Sékou Djigué pour le priver d’une victoire éclatante dès le premier round.
Au-delà de ces tripatouillages, un problème éthique et juridique majeur se pose quant au rôle des instances de tutelle. La loi permet-elle au juge en seconde instance d’être partie prenante en première instance ? L’implication du Comité National Olympique et de la Direction Nationale des Sports et de l’Éducation Physique (DNSEP) même si cette dernière n’est pas un organe juridictionnel, soulève aujourd’hui de lourdes interrogations institutionnelles qu’il convient de trancher sans complaisance.
Premier round, l’ombre de la manœuvre et des zones d’ombre financières
Le premier tour du scrutin, conclu par un score de parité biaisé, a fini d’installer la suspicion. Alors que la commission électorale interdisait formellement aux délégués de ressortir de l’isoloir avec le bulletin non utilisé, plusieurs votants ont été surpris le bulletin de Sékou Djigué en poche. Un « bulletin témoin » qui, pour nombre d’observateurs, répond à une mécanique bien connue d’achat de conscience : fournir la preuve du respect d’un mot d’ordre avant de passer à la caisse. Qu’un exécutif sortant en soit réduit à de telles manœuvres désespérées illustre l’ampleur du désarroi au sommet.
Au-delà des querelles électorales, ce sont désormais les questions de gestion financière des douze dernières années qui refont surface. Des voix s’élèvent déjà pour réclamer l’attention du Pôle Économique et Financier sur la trajectoire de certaines enveloppes. L’épisode des 10 % d’une somme allouée par le Comité National Olympique pour l’organisation d’un dîner en l’honneur des acteurs hippiques n’est qu’un exemple.
Le monde hippique malien se trouve à la croisée des chemins. Entre la promesse d’un renouveau porté par des acteurs légitimes et l’accrochage aux affaires d’un système à bout de souffle, le second round sera décisif.
À suivre !
Correspondance particulière
