De nos jours, la forme traditionnelle de la socialisation de l’enfant cède progressivement la place aux plateformes numériques. Dysfonctionnement immunitaire, développement cérébral altéré, reproduction endommagée, troubles du sommeil, hyperactivité ainsi que des dommages à la mémoire sont entre autres des conséquences directes sur la santé des jeunes gens.
En effet, plusieurs facteurs interviennent dans le milieu de socialisation de l’enfant à ce jour. Au-delà de la famille, de l’école et de la rue, un tout autre volet se mêle à la danse. Il s’agit du téléphone. Sur les différentes plateformes, on constate de plus en plus la présence continue des mineurs et des adolescents. Toute chose qui n’est pas sans impact sur leur quotidien et leur avenir. « Dans la société, il est important de souligner que l’éducation des enfants repose trois piliers : une éducation familiale, une éducation scolaire et une éducation au sein de la société », évoque Abdoulaye Maïga, parent d’élèves, soulignant qu’une faille de l’un de ces trois est synonyme de l’échec de toute une société.
Du point de vue d’un autre parent du nom de Mohamed Sangaré, les enfants ne doivent pas avoir le droit d’utiliser le téléphone pour qu’ils aient une meilleure éducation. « L’usage du téléphone se traduit par la suite par l’utilisation des réseaux sociaux. Ainsi, ils peuvent avoir accès à des contenus inappropriés comme des images peu orthodoxes. Des scènes qu’ils essaieront plus tard de mettre en pratique en l’absence de surveillance parentale », a-t-il justifié.
Outil d’apprentissage par excellence, mais dangereux
L’usage excessif des téléphones portables par les élèves a des conséquences directes sur leur performance scolaire. Selon Abderrahmane Oul Sidi, spécialiste des Médias et Réseaux sociaux, l’exposition des enfants aux vidéos, photos et messages inappropriés peut avoir comme effet la banalisation de la violence et leur désocialisation. « Ils sont alors plus à l’aise avec les smartphones que dans les discussions vivantes. Les réseaux peuvent être sources de précocité d’esprit chez les enfants », prévient-il.
Le téléphone,
Soulignera le sociologue Dr Bréhima Dicko, rend les enfants paresseux, les distrait et affecte leur attention en classe. Il met également en jeu la qualité de leur formation, affaiblit leur niveau d’instruction et mène à un mauvais résultat à la suite des épreuves. Parallèlement, dans le journal du 6 septembre 2024 publié par le Challenger, le Père Yvonick Dakoury Zoni, président de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest-Unité Universitaire de Bamako (UCAO-UUBA), estime que l’utilisation du téléphone joue un rôle dans l’apprentissage. « C’est un moyen d’apprentissage, mais les enfants utilisent mal ce téléphone au risque même d’abandonner les livres au profit de la manipulation du téléphone ».
De surcroît, une longue exposition aux écrans est souvent combinée à une activité sédentaire : lorsque nous sommes sur notre téléphone portable pendant plusieurs heures, nous restons en position statique. « Le manque d’activité physique est ainsi source de fatigue et participe à la détérioration de la santé », ajoute le Dr. Alou Maïga de l’Hôpital Luxembourg de Bamako. Avant de poursuivre qu’il existe de nombreuses maladies causées par l’usage abusif du téléphone, dont la migraine, la perte de mémoire, la fatigue, la dépression, voire l’apparition précoce de la maladie d’Alzheimer.
Selon le spécialiste, des recherches évaluées par certains de ses pairs ont démontré une myriade d’effets indésirables du rayonnement radiofréquence des téléphones portables, notamment une augmentation du cancer du cerveau, des dommages à l’ADN, du stress oxydatif, du dysfonctionnement immunitaire, un développement cérébral altéré, une reproduction endommagée, des troubles du sommeil, de l’hyperactivité et des dommages à la mémoire.
Dans le même ordre d’idées, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) déconseille toute activité sur écrans avant l’âge de 2 ans. Les écrans peuvent avoir, d’une part, des effets sur les fonctions cognitives, sur la mémoire et sur les capacités d’attention et de coordination, d’autre part. Ils peuvent aussi apparaître du stress et de l’anxiété chez les plus jeunes.
Des mesures d’atténuation
Les interactions humaines sont de plus en plus remplacées par des interactions numériques. « Cependant, un usage modéré, supervisé et adapté à l’âge, accompagné d’un contenu de qualité, peut être intégré dans l’apprentissage sans impact négatif majeur. Les interactions humaines doivent toutefois rester prioritaires », conseille Dr Drissa Tounkara, Ophtalmologue à l’hôpital Point G de Bamako. A l’en croire, les écrans, y compris les téléphones, peuvent limiter le développement du langage chez l’enfant. Les échanges avec les parents, les pairs, permettent à l’enfant d’apprendre les sons, les mots et les structures grammaticales.
Il soutient que l’usage abusif de l’écran conduit à la fatigue visuelle numérique. Le fait de regarder un écran pendant de longues périodes peut provoquer la fatigue oculaire, la sécheresse oculaire, la sensibilité à la lumière, ainsi que des maux de tête.
En vue de pallier cette situation, DR Tounkara suggère de regarder à une distance de 6 mètres durant 20 secondes toutes les 20 minutes. Selon l’âge, les pédiatres recommandent une durée de moins de 2 heures par jour pour les enfants. Il est admis de l’utiliser dans un endroit bien éclairé pour éviter l’éblouissement et encourager les activités extérieures pour réduire le risque de myopie.
Pour être à l’abri de ses fléaux, les spécialistes conseillent de désactiver les notifications, apprendre à mesurer et à contrôler le temps passé chaque jour sur le téléphone et programmer des moments sans téléphone dans la journée, opter pour un réveil traditionnel et faire sortir téléphone de la chambre durant la nuit.
L’usage du téléphone est l’un des problèmes majeurs contemporains. Les enfants ne peuvent plus s’en passer. Et cela a tendance à être abusif. Alors que l’excès de toute chose est nuisible. Il convient que les parents en compagnie des autorités prennent des dispositions nécessaires afin de leur éviter des maladies comme le cancer du cerveau, les dommages à l’ADN, le stress oxydatif ou encore le dysfonctionnement immunitaire.
KD
