Les avoirs de l’activiste panafricaniste Franklin Nyamsi ont été gelés, mardi dernier, pour une durée de six mois par un arrêté interministériel français.
Cette décision a été prise conjointement par le ministre de l’Intérieur et le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, sur le fondement des articles L. 562-2-1 et suivants de leur code monétaire et financier. Selon l’arrêté, les fonds et ressources économiques appartenant à M. Franklin, Nathan Nyamsi, alias « Nyamsi Wa Kamerun Wa Afrika », ressortissant français et camerounais né le 31 mars 1972 à Sakbayeme (Cameroun), sont soumis à une mesure de gel. Sont concernés les comptes bancaires, espèces, biens, créances, participations et toute autre ressource économique qu’il détient, contrôle ou fait contrôler. La mesure s’étend également aux personnes morales ou entités qu’il contrôlerait ou qui agiraient sciemment pour son compte. La mise à disposition ou l’utilisation de fonds à son profit est interdite pour la même durée de six mois.
Le texte prévoit des voies de recours. L’intéressé dispose d’un délai de deux mois à compter de la notification pour contester la décision, soit par un recours gracieux auprès des ministres concernés, soit par un recours contentieux devant le tribunal administratif de Paris.
Cette décision intervient dans un contexte où Franklin Nyamsi, connu pour ses prises de position panafricanistes, affiche un soutien public aux pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le 9 février 2026, soit à la veille de la signature de l’arrêté, il annonçait son intégration à l’équipe pédagogique de l’École de Guerre du Mali (EGM), à Bamako, sous le commandement du général de division Oumar Dao. Dans un message diffusé le même jour, il remerciait les autorités maliennes, notamment le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, pour « cet acte de confiance ».
En France, le gel des avoirs s’inscrit dans un cadre juridique prévu par le code monétaire et financier, qui permet aux autorités de prendre des mesures conservatoires à l’encontre de personnes physiques ou morales. L’arrêté ne détaille pas publiquement les éléments ayant motivé la décision, se limitant à viser les dispositions légales applicables.
La mesure a suscité des réactions. Nathalie Yamb, militante également connue pour ses positions similaires, a dénoncé sur le réseau social X une décision qu’elle qualifie de politique. Elle rappelle que ses propres comptes avaient été bloqués par l’Union européenne quelques mois auparavant. Dans le même sillage, le Réseau des Communicateurs, Blogueurs et Activistes Professionnels du Mali (RECOBAP-MALI) a publié une lettre ouverte adressée au président français Emmanuel Macron et aux parlementaires français, demandant l’abrogation de l’arrêté. Le collectif estime que la décision porte atteinte à la liberté d’expression et aux droits fondamentaux.
À ce stade, la mesure de gel est en vigueur pour six mois, sauf annulation ou suspension par la justice administrative. L’évolution du dossier dépendra des éventuels recours engagés par l’intéressé et des décisions des juridictions compétentes.
KD
