Malgré les défis et les offres alléchantes à l’étranger, le Pr Abdoulaye Djimdé reste fidèle au Mali pour rapporter expériences et expertises à son pays. Un choix qui rassure le commun des mortels maliens.
Teint d’ébène, moustache soignée et vêtu d’un tissu noir coiffé d’un chapeau multicolore. Un sourire de bienséance arbore ce mardi le visage du Pr Abdoulaye Djimdé, Directeur du Centre de Recherche et de Formation sur les Parasites et les Microbes (PMRTC) de Bamako. Le professeur a été nommé auprès du secrétariat général des Nations Unies depuis près d’un mois. « Si l’on a quelques succès [en matière de recherche, ndlr], c’est parce que nous avons une équipe, derrière, qui mouille le maillot », déclare le professeur Djimdé, Prix Hideyo Noguchi pour l’Afrique 2025.
Derrière cette déclaration empreinte d’humilité se cache un fils du Mali dont l’apport à la lutte contre le paludisme n’est plus à démontrer tant au plan national qu’international. Aujourd’hui dans la soixantaine et du haut de ses 1,77 mètre, le Pr Abdoulaye Djimdé est né au Pays-Dogon (Centre du Mali) et y a grandi. D’un père enseignant, il trouve l’exemplarité de l’assiduité et du travail acharné chez ce dernier. Dans cette chaleur, il part à l’école dans les années 1970 avant de décrocher son Diplôme d’études fondamentales (DEF) en 1979. Il réussit son baccalauréat en 1982.
Avec ce parcours sans faute, sa passion pour la science remonte à son jeune âge. Et deux faits majeurs vont profondément influencer sa vision juvénile. Tout jeune à Koro, il commence par fréquenter les lieux fréquentés par les touristes étrangers qui y laissaient des journaux scientifiques. Il garde encore en souvenir ces nombreux journaux qu’il prenait plaisir à lire. Et cela, même s’il ne comprenait pas grand-chose des contenus. « C’était une de mes passions », rappelle le Pr Djimdé, qui ne pense pas « être tombé dans la science » mais y « avoir grandi ».
De plus, lors des différents passages du professeur Ogobara Doumbo à Koro, ce dernier y animait des conférences alors que le Pr Djimdé était élève au second cycle. « C’étaient des occasions pour nous d’apprendre sur les maladies, comme le paludisme », ajoutera-t-il, au sujet d’un professeur (Ogobara) qu’il considère comme une source d’inspiration et un modèle.
En dépit de ses nombreuses distinctions, le Pr Djimdé se considère comme le « porte-parole d’une grosse équipe ». Puisque, selon lui, la science ne peut se faire réellement qu’en équipe. « Si l’on a quelques succès, c’est parce que nous avons une équipe, derrière, qui mouille le maillot. Chacun dans son domaine fait ce qu’il a à faire : personnel de soutien, administration, étudiants, collègues chercheurs et enseignants-chercheurs…», détaille-t-il.
Marié et père de famille, le Pr Djimdé est désormais membre du Comité scientifique consultatif des Nations Unies. « Lorsque j’ai reçu la notification [de la nomination, ndlr], j’ai voulu comprendre d’abord de quoi il s’agissait […] Puis j’ai pris des conseils auprès des aînés scientifiques qui m’ont encouragé à y aller », poursuit le Pr Djimdé. Il explique que ledit comité, composé de quinze membres, « siège deux fois par an en présentiel et le reste se gère à distance ». Il a pour mission de conseiller le Secrétaire général sur les questions liées à la science, à son évolution et à ses implications pour les sociétés.
Les offres alléchantes à l’étranger ne se font pas rares pour le Pr Djimdé. Il garde, toutefois, foi en son pays et n’entend pas le quitter. « Il ne se passe pas deux mois sans que je ne reçoive une offre pour essayer de m’amener ailleurs, avec des conditions de plus en plus attrayantes, mais j’ai décidé de travailler au Mali », assure le professeur. À l’en croire, sur le plan scientifique en Afrique, les lignes avancent même si le continent accuse une certaine difficulté par rapport à d’autres pays développés. « C’est ici que mon travail aura de l’impact sur « nos communautés », assure le Directeur du PMRTC.
Selon le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Pr Bouréma Kansaye, sa nomination est un honneur pour la communauté scientifique nationale et le Mali tout entier. Au sein du PMRTC, ils sont nombreux ces jeunes étudiants qui considèrent le Pr Djimdé comme une source d’inspiration. « Il est une très grande fierté non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour le monde entier », se réjouit l’étudiant Abdourahamane Salif Kamaté, qui compte le dépasser.
De nos jours, le Pr Abdoulaye Djimdé dirige, au niveau du PMRTC, des efforts régionaux visant à faire progresser la génomique du paludisme, la surveillance de la résistance aux médicaments et la surveillance des agents pathogènes en Afrique de l’Ouest. Le fils du Pays-Dogon est notamment reconnu pour avoir identifié l’un des premiers marqueurs moléculaires du Plasmodium falciparum résistant à la chloroquine. Ce qui a ainsi mis si haut sa contribution à la politique mondiale de traitement du paludisme et au renforcement des capacités de recherche génomique en Afrique.
L’homme est également président du réseau Pathogens Genomic Diversity Network Africa (PDNA) et président fondateur de l’Association africaine pour la recherche et le contrôle de la résistance aux antimicrobiens (AAAMR), qui soutient la collaboration scientifique et la formation sur l’ensemble du continent. Récipiendaire du cinquième prix Hideyo Noguchi pour l’Afrique (2025), Howard Hughes Medical institute International Scholar (2005) et Chevalier de l’Ordre National du Mali (2001). Il est, de plus, titulaire d’un doctorat en pharmacie de l’École nationale de Médecine et de Pharmacie de Bamako, d’une maîtrise et d’un doctorat en microbiologie et immunologie de l’Université du Maryland aux États-Unis. Sans oublier ses formations suivies aux National Institutes of Health des États-Unis.
Fidèle à son pays malgré les sollicitations internationales, il reste une source d’inspiration pour toute une génération de chercheurs. Son parcours illustre qu’au-delà des distinctions, c’est la passion, le travail collectif et l’attachement à sa terre qui forgent les plus grandes réussites.
Kémoko Diabaté
