L’École nationale d’Administration (ENA) de Bamako accueille, du 14 au 15 mai 2026, la 4e édition des Journées scientifiques des Sciences de l’information et de la Communication (JOSSIC), organisées par l’École supérieure de Journalisme et des Sciences de la Communication (ESJSC) autour du thème : « Médias et langues nationales : quels enjeux pour les sociétés africaines contemporaines ? ».
La cérémonie d’ouverture des travaux a réuni des responsables universitaires, chercheurs, journalistes, étudiants et experts venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Sénégal et du Bénin.
Présidant l’ouverture au nom du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le secrétaire général du département, le prof Moussa Tangara a salué les JOSSIC comme un espace de réflexion devenu incontournable dans le paysage scientifique et médiatique malien.
Selon lui, le thème choisi cette année s’inscrit dans la vision des autorités maliennes qui ont décrété 2026-2027 « Année de l’Éducation et de la Culture ». Il a souligné que les langues nationales représentent un pilier fondamental des identités africaines et un instrument essentiel de transmission des savoirs, de cohésion sociale et de mobilisation collective.
Le représentant du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Mohamed AG Albachar, a insisté, pour sa part, sur le rôle stratégique des médias dans la valorisation des langues nationales et dans la lutte contre la désinformation.
« Les populations comprennent et assimilent mieux l’information lorsqu’elle est diffusée dans leurs langues maternelles », a-t-il déclaré, estimant que les médias africains doivent davantage s’approprier les langues nationales pour rester proches des réalités sociales.
Prenant la parole au nom du Comité d’organisation, Dr Fatoumata Fofana a expliqué que cette édition vise à analyser l’usage croissant des langues nationales dans les médias traditionnels et numériques.
Elle a rappelé que les langues africaines ne sont pas de simples outils de communication, mais aussi des vecteurs de mémoire collective, de valeurs culturelles et de dignité.
« Le destin de nos langues nationales se jouera également dans les studios de radio, sur les plateaux de télévision, dans les rédactions numériques et sur les réseaux sociaux », a-t-elle affirmé.
Les travaux des JOSSIC 2026 s’articulent autour de six axes majeurs, notamment les liens entre médias et inclusion sociale, les mutations des pratiques langagières à l’ère numérique, les politiques linguistiques, les industries culturelles, la conservation du patrimoine culturel ainsi que la contribution des médias à la cohésion sociale et à la lutte contre l’insécurité.
Le directeur général de l’ESJSC, Dr Aboubacar Abdoulwahidou Maïga, a estimé que l’essor des médias numériques et des réseaux sociaux a profondément transformé les habitudes de consommation de l’information en Afrique.
Selon lui, les médias classiques, longtemps dominés par les langues héritées de la colonisation, sont désormais confrontés à la montée en puissance des contenus produits en langues nationales sur les plateformes numériques.
« Nos peuples veulent être informés dans leurs langues maternelles », a-t-il soutenu.
Il a également annoncé que l’ESJSC a introduit, depuis l’année académique 2023-2024, l’enseignement des langues nationales dans l’ensemble de ses formations de licence et de master afin de former une nouvelle génération de journalistes capables de produire et diffuser l’information dans les langues africaines.
Au total, 69 communications ont été retenues sur 81 propositions soumises par des enseignants-chercheurs, doctorants, journalistes et professionnels des sciences de l’information et de la communication venus d’Afrique et d’Europe.
Les organisateurs espèrent que les échanges déboucheront sur des recommandations concrètes pour renforcer la place des langues nationales dans les politiques médiatiques africaines.
Kemoko Diabaté
