Les abonnés aux services de télécommunications au Mali font face, depuis quelques jours, à un durcissement du processus d’identification imposé par les autorités. L’objectif : lutter contre la fraude, sécuriser les bases de données des opérateurs, et mieux protéger les données personnelles.
Dans un communiqué publié le 29 juillet 2025, l’Autorité malienne de Régulation des Télécommunications, des Technologies de l’Information et de la Communication et des Postes (AMRTP) a exigé de tous les opérateurs téléphoniques la mise en place d’un mécanisme permettant aux usagers de vérifier eux-mêmes les numéros associés à leur Numéro d’Identification Nationale (NINA). L’objectif affiché : « renforcer la sécurité et la fiabilité des informations d’identification », dans un contexte de recrudescence des cas de fraude constatés lors des opérations d’enregistrement.
L’AMRTP précise que tout abonné découvrant des numéros frauduleusement liés à son NINA peut se rendre dans l’agence la plus proche de son opérateur pour faire rectifier ou supprimer ces données. La démarche, gratuite et obligatoire, vise à donner aux usagers un meilleur contrôle sur leur propre identité numérique.
Autre mesure phare : l’achat de toute nouvelle carte SIM est désormais strictement encadré. Les opérateurs sont tenus de n’enregistrer que les détenteurs de pièces d’identité valides comportant un NINA. Pour les identifications effectuées hors agence, une photo prise le jour même devient désormais obligatoire. Ce durcissement vise à couper court à la revente de cartes SIM activées sous de fausses identités.
Ces actions s’inscrivent dans un cadre juridique existant, notamment la loi n°06-040 de 2006 sur le NINA, ainsi que les décrets de 2015 et 2019 encadrant l’identification des abonnés. Cependant, selon le ministère de la Communication, les fraudes se sont multipliées ces derniers mois. Certaines cartes SIM auraient été enregistrées avec des identifiants volés, puis revendues dans des circuits informels. Une série d’interpellations a eu lieu, et des enquêtes sont en cours, notamment au niveau du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.
Dans ce contexte tendu, la question de la protection des données personnelles s’impose avec acuité. L’Autorité de Protection des Données à caractère Personnel (APDP) a publié une mise en garde officielle faisant état de « violations avérées » : des numéros de téléphone liés à des identifiants NINA ont circulé sur les réseaux sociaux, exposant plusieurs abonnés à de possibles atteintes à leur vie privée.
L’APDP appelle les opérateurs à une vigilance renforcée dans le traitement des données sensibles. Elle rappelle également que la divulgation d’informations personnelles sans consentement constitue une infraction passible de sanctions. Des vérifications sont en cours pour établir les responsabilités dans ces fuites massives.
Pour autant, les autorités maliennes insistent sur la nécessité de cette campagne de régularisation. Elles rappellent qu’une identification fiable des abonnés constitue un levier essentiel pour lutter contre la cybercriminalité, les escroqueries téléphoniques et d’autres formes d’insécurité numérique. Elles appellent les citoyens à faire preuve de civisme en vérifiant leur identification et en signalant tout cas suspect.
Alors que les risques liés à l’usurpation d’identité se multiplient, cette opération d’assainissement vise à instaurer un climat de confiance entre les acteurs du numérique et les usagers.
Issa Djiguiba
