Le Mali s’apprête à tourner définitivement la page de Mamoutou Touré, dit Bavieux, qui a démissionné avec toute son équipe à la tête de la FEMAFOOT il y a quelques semaines. Le 15 avril prochain, une nouvelle Assemblée Générale élective se tiendra avec un seul candidat en lice. Il s’agit de Mahazou Baba Cissé. Cette échéance marque une étape décisive pour le football malien, car elle doit sceller la transition institutionnelle et ouvrir une nouvelle ère. Dans ce contexte, la question du futur sélectionneur des Aigles du Mali devient un enjeu majeur.
Mahazou Baba Cissé, candidat unique à la présidence, a déjà fixé les critères qu’il juge indispensables pour ce poste stratégique. Selon lui, le Mali a besoin d’un entraîneur doté d’une autorité naturelle, expérimenté et ayant déjà mené une sélection en finale de la CAN ou remporté la compétition. Il privilégie un profil malien ou africain, insistant sur l’importance de l’identité culturelle et sportive dans la reconstruction des Aigles. Ces exigences traduisent une volonté de crédibiliser le projet sportif et d’éviter les improvisations.
Dans ce débat, deux noms dominent les discussions, notamment Fousseyni Diawara et Aliou Cissé. Diawara, ancien international malien, ancien sélectionneur adjoint des Aigles du Mali et actuel sélectionneur des Aigles U23, incarne pour beaucoup une continuité logique. Proche du groupe, connaisseur des réalités locales et porteur d’une vision basée sur la technique et la maîtrise, il séduit une partie de l’opinion. Ses partisans estiment qu’il est temps de faire confiance à un fils du pays pour diriger la sélection nationale, surtout dans une période où la cohésion et la confiance sont essentielles.
Cependant, les critères posés par Mahazou Baba Cissé semblent le disqualifier. Diawara n’a pas encore dirigé une sélection en finale de CAN ni remporté la compétition. Ce manque d’expérience au sommet du football africain constitue un obstacle majeur. La question devient alors : faut-il privilégier l’expérience internationale ou miser sur la connaissance locale et la proximité avec les joueurs ? Le dilemme est au cœur des discussions et reflète les tensions entre ambition et identité.
Face à cette équation, le nom d’Aliou Cissé surgit avec force. Ancien international sénégalais, ancien sélectionneur des Lions de la Teranga et champion d’Afrique en 2019, il incarne le profil recherché par Mahazou Baba Cissé : autorité naturelle, discipline et rigueur. Son palmarès parle pour lui et son leadership est reconnu sur le continent. Mais son style de jeu, basé sur un bloc solide et une approche prudente, contraste avec l’identité des Aigles, davantage portée sur la possession et la créativité au milieu de terrain. Ce contraste soulève une interrogation fondamentale sur sa compatibilité avec la philosophie de jeu malienne.
Aliou Cissé est-il vraiment l’homme qu’il faut pour le Mali ? Si son expérience et son autorité sont indéniables, son approche pourrait brider les qualités techniques des joueurs maliens. Le Mali, riche en milieux créatifs, a toujours cherché à imposer un football basé sur la maîtrise et la fluidité. L’arrivée d’un entraîneur prônant la prudence pourrait modifier cette identité et susciter des débats sur la direction à prendre pour l’avenir de la sélection.
Le débat ne se limite donc pas à une question de palmarès. Il touche à la définition même du projet sportif malien. Faut-il adopter une approche pragmatique, centrée sur la discipline et l’efficacité, quitte à sacrifier une partie de l’identité de jeu ? Ou faut-il miser sur un entraîneur local, capable de prolonger la philosophie technique du Mali, même sans expérience au sommet ? La réponse déterminera l’avenir des Aigles dans les prochaines compétitions et la perception du public.
Fousseyni Diawara, malgré ses limites en termes de palmarès, conserve des atouts indéniables. Sa proximité avec les joueurs, sa connaissance des réalités locales et sa capacité à construire un collectif basé sur la technique en font un candidat crédible. Il incarne une option de continuité et de confiance nationale. Mais son profil ne correspond pas aux critères stricts posés par Mahazou Baba Cissé, ce qui fragilise sa candidature et alimente les débats sur la pertinence de ces exigences.
Aliou Cissé, de son côté, représente l’expérience et la rigueur. Son palmarès et son autorité naturelle en font un choix séduisant pour ceux qui veulent des résultats immédiats. Mais son style de jeu pourrait entrer en contradiction avec l’identité malienne. Le choix entre Diawara et Cissé illustre donc une opposition entre deux visions : l’une centrée sur l’identité nationale et la continuité, l’autre sur l’expérience africaine et la discipline. Ce dilemme reflète les enjeux d’une transition institutionnelle et sportive.
Au final, la décision sur le futur sélectionneur des Aigles du Mali dépasse la simple nomination d’un entraîneur. Elle symbolise un choix stratégique pour l’avenir du football malien. Entre l’expérience africaine incarnée par Aliou Cissé et la continuité nationale représentée par Fousseyni Diawara, le Mali doit trancher. Ce choix déterminera non seulement les résultats sportifs, mais aussi l’identité et la cohésion de l’équipe nationale dans les années à venir, au moment où le pays cherche à tourner la page Bavieux et à écrire un nouveau chapitre.
Ibrahim Kalifa Djitteye
