Le redéploiement des enseignants détenteurs de licence professionnelle de l’ENSUP vers le Fondamental 2 constitue aujourd’hui une orientation administrative qui repose sur une double exigence : le respect de la légalité et la recherche d’une meilleure efficacité du système éducatif national.
À cet égard, il apparaît essentiel de souligner qu’aucune pression syndicale, aussi légitime soit-elle dans son expression, ne saurait remettre en cause une décision ministérielle lorsqu’elle s’inscrit clairement dans le cadre des textes et répond à un impératif supérieur d’intérêt général : celui de la performance éducative.
La position du ministre chargé de l’Éducation nationale se justifie d’abord sur le plan juridique. En effet, les enseignants détenteurs de licence professionnelle issus de l’ENSUP n’ont pas été formés pour intervenir dans l’enseignement secondaire. Cette réalité n’est pas une appréciation subjective, mais une donnée explicitement confirmée par l’institution même chargée de leur formation.
Dans sa lettre n° 2020/00000287 du 21 septembre 2020, adressée au Directeur des ressources humaines du secteur de l’éducation, École Normale Supérieure de Bamako précise sans ambiguïté :
« Notre licence forme pour le fondamental et non pour l’enseignement secondaire ou normal. Notre programme de licence est non seulement axé sur l’enseignement au fondamental, mais aussi leur stage ( le stage de responsabilisation des détenteurs de licence) se déroule au niveau du Fondamental 2. »
Dès lors, une question fondamentale s’impose : qui mieux que l’établissement formateur peut déterminer le champ naturel d’exercice professionnel de ses propres diplômés ?
Au-delà de l’argument juridique, la pertinence de cette décision se vérifie également sur le plan pédagogique. Il est observé, sur le terrain, que nombre de ces licenciés éprouvent des difficultés réelles à répondre aux exigences académiques du secondaire. Cette réalité est connue des chefs d’établissement, des corps d’inspection et souvent reconnue par les intéressés eux-mêmes.
Le secondaire malien traverse depuis plusieurs années une crise qualitative profonde : baisse continue des performances, fragilité des acquis, insuffisance de maîtrise disciplinaire dans plusieurs spécialités. Dans un tel contexte, il devient impératif d’affecter chaque ressource humaine là où sa formation initiale garantit le meilleur rendement pédagogique.
Le Fondamental 2, quant à lui, souffre d’un déficit structurel d’enseignants qualifiés dans presque toutes les disciplines. Le redéploiement apparaît donc comme une réponse rationnelle à une urgence nationale, susceptible d’apporter une véritable bouffée d’oxygène au premier niveau stratégique de construction des apprentissages.
Par ailleurs, les articles 6 et 7 de la loi n°2018-007 du 16 janvier 2018 invoqués par certains acteurs syndicaux pour contester cette orientation ne sont plus à l’ordre du jour. Leur portée normative s’inscrit dans un dispositif statutaire désormais caduc avec l’adoption en conseil de ministre du nouveau statut général des fonctionnaires. Il serait donc juridiquement inutile d’en faire un argument face à une décision administrative relevant de l’organisation rationnelle du service public de l’éducation.
En définitive, la décision ministérielle apparaît à la fois :
- légale, parce qu’adossée aux textes et à la logique de formation ;
- légitime, parce qu’orientée vers l’intérêt supérieur de l’école ;
- stratégique, parce qu’elle répond à un besoin réel du Fondamental 2.
Le ministre doit donc assumer pleinement cette orientation jusqu’à son application effective. Une réforme éducative crédible exige parfois du courage politique, de la constance administrative et une capacité à privilégier l’intérêt collectif sur les résistances circonstancielles.
Le redéploiement des licenciés professionnels de l’ENSUP n’est pas un recul : c’est un choix de cohérence, de responsabilité et d’efficacité pour l’avenir de l’école malienne.
Mosa Ag Assadeg consultant en science de l’éducation
