La guerre au Sahel ne se joue plus uniquement sur les champs de bataille. Elle se mène aussi sur les écrans de smartphones, dans les groupes WhatsApp et sur les réseaux sociaux, où une simple note vocale peut désormais semer la panique dans plusieurs pays en quelques heures.
C’est l’un des principaux avertissements lancés par le journaliste sénégalais Martin Faye lors de la conférence inaugurale du Forum des médias africains de Bamako. Selon lui, la désinformation est devenue une arme redoutable de déstabilisation capable d’affecter directement la sécurité, l’économie et la cohésion sociale des États.
Pour illustrer ce phénomène, il a cité trois cas concrets observés dans l’espace sahélien.
Le premier concerne une rumeur faisant état d’enlèvements d’enfants à la sortie des écoles. Diffusée à travers une note vocale WhatsApp accompagnée de la photo d’un véhicule aux vitres teintées, l’information s’est propagée à grande vitesse entre Bamako, Dakar et Ouagadougou. En moins de deux jours, des parents paniqués sont venus récupérer leurs enfants avant la fin des cours, plusieurs établissements scolaires ont dû adapter leurs activités et les forces de sécurité ont été mobilisées pour faire face à une menace qui n’existait pas.
Le deuxième exemple évoque la diffusion de vidéos anciennes montrant des convois militaires. Sorties de leur contexte et parfois tournées dans d’autres pays, elles ont été présentées comme la preuve de l’avancée de prétendus groupes armés ou de mercenaires vers certaines villes sahéliennes.
Enfin, Martin Faye a rappelé le cas d’une simple photo montrant une file d’attente devant une station-service. Publiée avec une légende alarmiste annonçant une pénurie imminente de carburant, elle a provoqué une ruée massive vers les pompes, créant la crise qu’elle prétendait dénoncer.
« Au Sahel, l’ennemi ne frappe plus seulement à la porte. Il frappe à l’intérieur de nos groupes WhatsApp », a-t-il déclaré devant les participants.
Face à cette nouvelle réalité, le journaliste a plaidé pour la création d’une Alliance sahélienne de fact-checking regroupant les médias du Mali, du Burkina Faso et du Niger. L’objectif serait de détecter rapidement les fausses informations et de les démentir avant qu’elles ne produisent leurs effets.
Pour Martin Faye, la bataille de l’information se gagnera sur les mêmes terrains que ceux utilisés par les auteurs de la désinformation.
« La vérité doit apprendre à circuler aussi vite que la rumeur », a-t-il insisté.
Kémoko Diabaté
