Et si les médias africains n’étaient plus réellement maîtres de leur audience ?
Cette question a dominé une partie des débats lors de l’ouverture du Forum des médias africains à Bamako, où le journaliste et expert des médias Martin Faye a lancé un appel à une véritable souveraineté numérique du continent.
Selon lui, de nombreuses rédactions africaines vivent aujourd’hui dans une situation paradoxale. Elles produisent leurs contenus mais dépendent presque entièrement des plateformes étrangères pour les diffuser.
Facebook, YouTube, Google ou encore Instagram sont devenus les principales portes d’entrée vers l’information. Une dépendance qui fragilise considérablement les entreprises de presse.
« Beaucoup de médias africains pensent être propriétaires de leur audience. En réalité, ils sont simplement locataires chez les grandes plateformes », a résumé Martin Faye.
Le constat est préoccupant. Un simple changement d’algorithme décidé à des milliers de kilomètres du continent peut faire disparaître du jour au lendemain l’essentiel du trafic d’un média. Dans certains cas, les audiences chutent brutalement, entraînant des pertes financières importantes.
Cette situation est aggravée par la domination des géants du numérique sur le marché publicitaire. Les GAFAM captent aujourd’hui une part considérable des recettes publicitaires, privant les médias locaux de ressources indispensables à leur développement.
Pour sortir de cette dépendance, Martin Faye appelle les éditeurs africains à « rapatrier leur audience ».
Concrètement, il préconise le développement de sites internet performants, d’applications mobiles adaptées aux réalités africaines, ainsi que de nouveaux outils de fidélisation comme les newsletters, les alertes SMS et les communautés WhatsApp.
L’enjeu va toutefois au-delà de la simple question économique.
Pour le conférencier, la souveraineté numérique passe également par la maîtrise des infrastructures technologiques. Il plaide notamment pour la création de centres de données régionaux capables d’héberger localement les contenus africains.
« Posséder son canal de diffusion, c’est posséder sa liberté de parole », a-t-il affirmé.
Une ambition qui pourrait devenir l’un des grands défis stratégiques des médias africains dans les années à venir.
Kémoko Diabaté
