Qui décide des sujets qui méritent d’être racontés ? Qui choisit les mots utilisés pour décrire les réalités africaines ?
Ces questions ont été au cœur de la réflexion menée par Martin Faye lors du Forum des médias africains de Bamako, où il a plaidé pour une véritable reconquête de la souveraineté narrative du continent.
Pour le journaliste sénégalais, l’Afrique continue trop souvent d’être racontée à travers le regard des autres.
Les conflits, les crises politiques et les catastrophes occupent régulièrement le devant de la scène médiatique internationale, tandis que les innovations locales, les réussites économiques ou les initiatives communautaires peinent à trouver une visibilité comparable.
Cette dépendance narrative se manifeste jusque dans les pratiques quotidiennes des rédactions.
« Un journaliste à Bamako apprend parfois plus rapidement ce qui se passe à Niamey à travers une chaîne internationale que par un confrère nigérien », a regretté Martin Faye.
Selon lui, cette situation révèle l’absence d’un véritable réseau africain de circulation de l’information et favorise la domination de récits produits hors du continent.
Pour inverser cette tendance, il appelle les médias africains à reprendre le contrôle de leur agenda éditorial.
Cela signifie accorder davantage de place aux réalités locales, aux solutions développées par les populations et aux initiatives qui transforment concrètement la vie des citoyens.
Pourquoi une innovation agricole à Mopti devrait-elle être considérée comme moins importante qu’une crise politique dans une capitale occidentale ? Pourquoi attendre la validation d’un média étranger pour considérer une information crédible ?
Au-delà du choix des sujets, Martin Faye insiste également sur l’importance des mots.
« Un journaliste sans socle culturel est condamné au copier-coller des concepts venus d’ailleurs », a-t-il averti.
Pour lui, la souveraineté narrative commence par une meilleure connaissance de l’histoire, des cultures et des références intellectuelles africaines.
L’objectif n’est pas de rejeter les regards extérieurs, mais de construire un récit équilibré, ancré dans les réalités du continent et porté par ses propres voix.
« La souveraineté narrative, ce n’est pas seulement parler de nous. C’est parler à partir de nous », a conclu Martin Faye.
À Bamako, le message a trouvé un large écho : après le panafricanisme des discours, plusieurs participants appellent désormais à bâtir le panafricanisme de l’information, des rédactions et des infrastructures numériques.
Kémoko Diabaté
