La Coupe du Monde 2026 montre les failles de la FIFA face au pouvoir politique américain. Gianni Infantino a affiché une proximité avec Donald Trump qui a reçu en décembre 2025 un « prix de la paix » créé sur mesure par la FIFA. Ce geste a été présenté comme une reconnaissance de son rôle d’unificateur, alors même que son administration durcissait la politique migratoire et menait des actions militaires unilatérales. Cela illustre une capitulation inquiétante de l’instance sportive.
Trump avait promis que ses décrets migratoires ne bloqueraient pas le tournoi. Pourtant, son administration a imposé des restrictions sévères de visas et un « visa bond » obligatoire de 5 000 à 15 000 dollars pour certains pays. La FIFA n’a opposé aucune résistance, excluant de fait des citoyens ordinaires de dizaines de nations membres. Cette capitulation réglementaire viole les principes de non-discrimination que l’instance prétend défendre et fragilise l’image d’un sport universel.
Les délégations non occidentales ont subi des humiliations flagrantes aux frontières. L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre africain, a été refoulé à Miami malgré un visa valide, accusé d’« associations avec des terroristes ». Infantino a balayé les critiques en invitant les supporters à « se détendre ». L’Iran a été contraint d’installer son camp de base au Mexique, interdit de séjourner aux États-Unis sauf les jours de match, ce qui a fragilisé son organisation.
La sélection iranienne a vu quinze membres de son encadrement privés de visa. Son capitaine Mehdi Taremi a subi sept heures d’interrogatoire à la douane, tandis que Washington retirait à la fédération son quota de tickets pour les supporters. Trump a déclaré qu’il s’en « fichait vraiment » que l’Iran participe ou non. Ces mesures discriminatoires contredisent l’esprit d’accueil universel que la FIFA prétend incarner et renforcent les tensions diplomatiques.
Les fouilles imposées aux staffs d’autres pays ont renforcé le sentiment d’humiliation. L’attaquant irakien Aymen Hussein a été retenu sept heures à Chicago, et le photographe officiel de son équipe interdit d’entrée. L’Ouzbékistan a subi des contrôles intrusifs avec chiens renifleurs en pleine rue à New York. Le Sénégal a été fouillé au détecteur de métaux directement sur le tarmac de Raleigh. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a dénoncé ces pratiques comme des atteintes graves à la dignité.
L’affaire d’Omar Abdulkadir Artan s’impose comme la démonstration la plus brutale des fractures éthiques de ce Mondial. À 34 ans, ce Somalien sacré meilleur arbitre africain en 2025 devait entrer dans l’histoire en dirigeant des matchs de Coupe du Monde. Pourtant, son arrivée à Miami s’est transformée en humiliation : détenu onze heures dans une cellule de rétention, il a été expulsé vers la Turquie sous prétexte de « soupçons d’associations indirectes » avec des groupes terroristes. Ce traitement discriminatoire a provoqué un séisme moral dans le monde du sport.
Le silence de la FIFA et surtout celui de la CAF a aggravé cette injustice. Infantino a déclaré que l’instance « n’intervenait pas dans les procédures d’immigration », admettant son impuissance face à Washington. La CAF, de son côté, n’a émis aucune protestation officielle, ignorant son indépendance et suivant aveuglément la ligne de la FIFA. Ce mutisme a été dénoncé comme une vassalisation politique, révélant la priorité donnée aux privilèges et aux relations avec Zurich plutôt qu’à la défense de la dignité d’un citoyen africain.
Le dénouement est venu de l’UEFA qui a transformé cette affaire en un coup de communication majeur. Le 11 juin 2026, Aleksander Čeferin a annoncé qu’Artan dirigerait la Supercoupe de l’UEFA le 12 août à Salzbourg, opposant le Paris Saint‑Germain à Aston Villa. Ce choix a été présenté comme un hommage à ses compétences et un message clair : « le football a pour vocation de rassembler les peuples ». En accueillant Artan là où la FIFA et les États‑Unis l’avaient rejeté, l’Europe a offert une leçon de dignité sportive et exposé la lâcheté institutionnelle de Zurich et du Caire.
Ce double standard éthique est flagrant. En 2022, la Russie avait été immédiatement exclue du football international pour ses interventions militaires. En revanche, malgré les actions unilatérales de l’administration Trump, aucune sanction n’a été envisagée contre les États-Unis. Cette asymétrie révèle un « problème de deux poids, deux mesures » dans la gouvernance mondiale du football et met en lumière une géopolitique asymétrique.
Les droits des travailleurs ont également été ignorés. Alors que le Qatar avait subi de vives critiques pour le sort des migrants, la FIFA a bloqué en mars 2025 une inspection syndicale internationale au stade Azteca de Mexico. Des migrants vénézuéliens et haïtiens y travaillaient sans couverture sociale ni protection, via des sous-traitants. Le silence généralisé autour de ces abus contraste avec l’indignation affichée lors des éditions précédentes et montre une complicité inquiétante.
La logique commerciale a renforcé l’exclusion des classes populaires. La FIFA a légalisé une plateforme officielle de revente secondaire sans plafond de prix, encourageant la spéculation. Certains billets ont atteint 32 970 dollars sur le marché secondaire. Des dizaines de supporters écossais ont vu leurs permis d’entrée révoqués à la dernière minute, illustrant une politique qui privilégie les élites financières au détriment des passionnés ordinaires et des supporters traditionnels.
La gratuité des transports, garantie en Russie 2018 et au Qatar 2022, a disparu en 2026. La FIFA a refusé de financer les trajets collectifs. À New York, un aller-retour vers le stade coûte désormais 98 dollars, soit 7,5 fois le tarif habituel. Cette décision accentue l’exclusion financière des supporters traditionnels, transformant le Mondial en une fête réservée aux privilégiés et en un événement inaccessible pour une grande partie des amateurs.
Le contraste est saisissant : d’un côté, une célébration lucrative et asymétrique pour les élites occidentales ; de l’autre, des joueurs, officiels et supporters de nations moins influentes soumis à des contrôles brutaux. La FIFA apparaît impuissante, voire complice, face à ces discriminations. Le Mondial 2026 devient ainsi le miroir d’un football à deux vitesses, où l’argent et la politique dictent les règles et où l’équité est sacrifiée.
Cette édition illustre la dérive d’une institution qui se présente comme universelle mais agit selon des intérêts géopolitiques et financiers. La docilité de la FIFA face à Trump, les humiliations infligées aux délégations, l’exclusion des classes populaires et le silence sur les droits des travailleurs révèlent une crise profonde de légitimité. Surtout la CAF qui suit aveuglément tout ce que la FIFA décide, ignorant son indépendance et son devoir de défendre ses membres. Le football, censé unir, se retrouve instrumentalisé au profit des puissants et perd son essence.
Le Mondial 2026 restera marqué par ces contradictions. Loin d’incarner l’unité et la paix, il expose les fractures éthiques et politiques du sport mondial. La FIFA, en refusant de s’opposer aux abus, confirme son rôle de spectatrice complice. Ce tournoi, censé être une fête universelle, s’impose comme le symbole d’un football dévoyé, où l’équité et la dignité sont sacrifiées sur l’autel du pouvoir et du profit, laissant un héritage controversé.
Ibrahim Kalifa Djitteye
