Pendant que les chancelleries s’interrogent et que les diplomates calculent, le football, lui, repousse les frontières. L’idée d’une candidature conjointe du Mali, du Burkina Faso et du Niger pour l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2032 sous la bannière de l’Alliance des États du Sahel ne relève plus du simple fantasme. Elle s’impose comme une évidence stratégique, un pari audacieux qui pourrait bien redistribuer les cartes du sport africain.
Au-delà des calculs logistiques et du jargon technique, ce projet porte une charge symbolique inégalée. Dans une région trop souvent résumée à ses défis sécuritaires, l’AES choisit de répondre par la jeunesse, la ferveur et l’ambition. Le sport roi n’a jamais été un simple divertissement au Sahel ; c’est une religion populaire, un langage universel qui fait vibrer les rues de Bamako, de Ouagadougou et de Niamey à chaque coup de sifflet.
Proposer une CAN tripartite au cœur du Sahel, c’est affirmé une vision : celle d’un espace capable de se prendre en main, d’accueillir le continent et d’offrir une vitrine internationale à une population dont plus de la moitié a moins de vingt-cinq ans.
Le pari de la maturité logistique
Évidemment, les sceptiques ne manqueront pas de pointer du doigt le cahier des charges draconien de la Confédération Africaine de Football. Six stades aux normes internationales, un réseau hôtelier haut de gamme, des liaisons aériennes fluides. Le défi est immense, presque titanesque.
Mais c’est précisément là que réside la force de l’initiative. Répartie sur trois nations, la charge devient un moteur de développement partagé. La rénovation des infrastructures mythiques du Stade du 26-Mars à Bamako au Stade du 4-Août à Ouagadougou, en passant par le Stade Général Seyni Kountché à Niamey servirait de levier pour revitaliser le patrimoine sportif régional.
Reste désormais à transformer l’intention politique en projet d’ingénierie sportive irréprochable. Si le dossier technique est en béton et que la volonté demeure intacte, la CAF aura bien du mal à fermer la porte à cette opportunité historique. En 2032, le cœur du football africain pourrait bien battre au rythme du Sahel. Et ce serait une victoire pour toute l’Afrique.
Bagna MAÏGA/KD
