Face à la diaspora malienne en Russie, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta a livré une véritable leçon de souveraineté mentale et politique. Entre héritages coloniaux, guerre de l’information et avenir confédéral, retour sur un discours qui pourrait bien faire date.
En marge de sa visite officielle en Fédération de Russie, en juin dernier, à l’invitation de son homologue Vladimir Poutine, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a rencontré la communauté malienne vivant à Moscou, le 24 juin 2025. Ce cadre d’échange fut l’occasion pour le chef de l’État de partager les dernières évolutions de la situation nationale, tout en resituant le rôle central du Mali dans la dynamique régionale de la Confédération des États du Sahel (AES).
Devant une salle comble composée d’étudiants, de membres de la diaspora malienne, civils comme militaires, le président a tenu un discours empreint de lucidité, d’histoire et de pédagogie. En filigrane : un appel à la libération des esprits, condition première de toute émancipation véritable.
Sortir de la peur, briser le conditionnement
Le président de la Transition l’a dit sans détour : les adversaires du Mali ont choisi une guerre d’un genre particulier — une guerre psychologique. Par la désinformation, l’intimidation et la manipulation des affects, ils visent à entretenir dans les consciences un complexe d’infériorité. L’objectif est de faire douter les peuples africains de leur capacité à se gouverner eux-mêmes.
À l’époque de la rupture diplomatique avec la France, beaucoup prédisaient le chaos. Les « prophètes de malheur », comme les appelle l’intellectuel anglais Karl Popper, relayés dans certains médias internationaux, annonçaient l’effondrement. Et pourtant, le Mali tient. Mieux, il avance. Cette résilience est aussi une victoire sur le terrain mental.
Ces expliquant du président Goïta nous amène à convoquer Hegel, Montesquieu ou Aldous Huxley, en vue d’exposer la profondeur historique et intellectuelle de cette entreprise d’aliénation, de conditionnement. En effet, on a voulu convaincre l’Afrique qu’elle n’est pas entrée dans l’histoire, qu’elle est incapable sans tutelle, sans direction extérieure. Une entreprise de dénigrement dont les effets perdurent.
Le terrorisme, une nouvelle forme de domination
Mais le discours présidentiel va plus loin. Il établit un lien clair entre cette guerre cognitive et le terrorisme comme instrument géopolitique. Pour le président Goïta, le terrorisme au Sahel n’est pas seulement un phénomène religieux, ethnique ou sécuritaire. C’est une arme d’usure stratégique, utilisée par des forces hostiles à l’émancipation du continent.
Il ne s’agit pas ici d’un simple postulat idéologique. Le terrain le confirme : les soutiens logistiques et les financements dont bénéficient certains groupes armés posent question. Des éléments infiltrés, des complicités tactiques, des offensives coordonnées au moment où l’AES prend forme… tout indique une tentative de sabotage.
L’AES, une réponse structurelle
Dans ce contexte, la Confédération des États du Sahel (AES), née du sursaut historique du Mali, du Burkina Faso et du Niger, constitue une réponse structurelle à une domination systémique. Depuis son lancement officiel lors du sommet de Niamey, le 6 juillet 2024, sous la présidence malienne, les avancées sont notables : force conjointe, harmonisation judiciaire, symboles confédéraux, banque d’investissement, diplomatie active.
Ces efforts ne relèvent pas de la simple déclaration d’intention. Ils s’inscrivent dans une volonté ferme de reprendre le contrôle des leviers de souveraineté : la sécurité, l’économie, les alliances. Quitter la CEDEAO, tourner le dos à l’OIF ou revoir la nature des partenariats extérieurs n’a rien d’un isolement. C’est une clarification stratégique.
Une guerre multiforme, une vigilance permanente
Mais les ennemis de cette renaissance ne désarment pas. Sur le plan diplomatique, les pressions sont fortes dans les arènes multilatérales, notamment à l’ONU. En interne, la guerre informationnelle bat son plein, comme dans 1984 de Georges Orwell, exploitant les moindres difficultés économiques ou sécuritaires pour semer la division entre les peuples et leurs dirigeants, ou encore falsifiant les récits pour des intérêts personnels : la déstabilisation des pays de l’AES.
C’est dans cette optique que le président Goïta appelle à la résistance mentale, à l’élévation du niveau de conscience collective. Les campagnes de désinformation ne peuvent être contrées que par une société éclairée, informée, formée. Il s’agit d’un combat générationnel.
Une diplomatie souveraine, un développement structurant
La visite à Moscou, dans ce contexte, n’a rien d’un ralliement naïf. Il s’agit d’un partenariat stratégique, réfléchi, reposant sur un principe clair : le respect mutuel des souverainetés. Le soutien de la Russie, notamment dans les forums internationaux, est un contrepoids à certaines tentatives d’isolement. Mais ce soutien ne doit pas être confondu avec une nouvelle dépendance. Le Mali ne change pas de tuteur : il affirme son autonomie.
Pour le président de la Confédération, la victoire ne viendra pas uniquement par les armes. Elle passera aussi par la diplomatie, celle des peuples fiers, et par le développement, celui qui ne repose pas sur l’endettement ou la soumission.
C’est pourquoi les États de l’AES multiplient les initiatives : diversification des partenariats, création d’instruments financiers communs, renforcement des capacités internes. La bataille pour la sécurité est aussi celle de l’autonomie économique, de la maîtrise des ressources et des priorités.
Forger un nouvel imaginaire africain
La rencontre avec la communauté malienne en Russie fut, au-delà du protocole, un moment de réarmement moral. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse le Mali, le Sahel ou même l’AES. C’est la redéfinition de l’Afrique par elle-même. Une Afrique consciente de son histoire, lucide sur ses défis, et déterminée à ne plus être un pion sur l’échiquier des puissances.
Oui, le combat est rude. Mais il est juste. Et comme l’a dit le président : « Nous viendrons à bout de ce phénomène qui s’étend déjà à d’autres pays qui se croyaient encore épargnés. » À condition que les peuples tiennent bon, unis et debout.
Correspondance particulière
