Plus de peur que de mal au sein de la classe politique. Très attendu sur la question, le Conseil des ministres a adopté le projet de loi abrogeant, « dans toutes ses dispositions », la loi n°05-047 du 18 août 2005 portant Charte des partis politiques et la loi n°2015-007 du 4 mars 2015 portant Statut du chef de file de l’opposition politique, plutôt que de dissoudre les partis politiques, comme cela avait été clairement exprimé lors de la phase nationale des consultations. Une mesure qui ne remet pas en cause, en tout cas pour le moment, l’existence des partis politiques, mais qui laisse un fort suspense quant à leur sort dans la future charte qui sera présentée au Conseil national de transition pour validation. Ce qui est sûr, c’est que rien ne sera plus comme avant au Mali. Cela dit, cette non-dissolution par le gouvernement est une victoire à célébrer avec beaucoup de réserve.
Depuis la rectification de la transition, les plus hautes autorités ont décidé de donner une nouvelle trajectoire à la gouvernance du pays. Pour cela, une consultation nationale a été organisée pour non seulement approuver cette volonté politique, mais également rassembler toutes les idées pour la construction d’un Mali nouveau.
Lors de ces consultations tenues en 2021, le peuple a formulé 517 recommandations, parmi lesquelles 3 concernent directement la réorganisation de la vie politique, à savoir : la réduction du nombre de partis politiques en appliquant des conditions restrictives de création et de financement ; la relecture de la Charte des partis politiques, avec une réaffirmation du statut du chef de file de l’opposition ; et l’interdiction du nomadisme politique en cours de mandat.
Depuis, la scène politique n’a cessé de s’enflammer, dénonçant des « manipulations » visant à piétiner le multipartisme et, par ricochet, la démocratie acquise au prix de multiples sacrifices.
Du côté du gouvernement, toutes les démarches engagées auprès de la classe politique pour convenir des modalités de mise en œuvre de ces recommandations ont été vaines. Sur 297 partis politiques, seulement 137 ont réagi. Les 160 autres sont restés muets sur la question, obligeant ainsi le gouvernement à se tourner une nouvelle fois vers les forces vives de la Nation afin de lever l’obstacle à la mise en œuvre.
Comme un châtiment, il se trouve que les forces vives de la Nation, convoquées cette nouvelle fois du 16 au 17 avril 2025 dans toutes les régions du Mali, les représentations diplomatiques et consulaires, ainsi que le district de Bamako, puis les 28 et 29 avril 2025 pour la phase nationale, n’ont pas été du tout flexibles avec les formations politiques.
Les accusant d’être en partie responsables de tous les malheurs que vit le pays, elles ont, cette fois-ci, recommandé : la dissolution des partis politiques et leur réorganisation par une nouvelle législation ; la suppression du financement public des activités des partis politiques ; l’audit du financement public des partis politiques ; la suppression du statut du chef de file de l’opposition politique à travers l’abrogation de la loi n°2015-007 du 4 mars 2015 portant Statut de l’opposition ; et le durcissement des conditions de création des partis politiques.
Méthodique, le gouvernement, au lieu d’entériner immédiatement cette volonté populaire lors du Conseil des ministres du mercredi 30 avril 2025, a d’abord adopté un projet de loi abrogeant la loi n°05-047 du 18 août 2005 portant Charte des partis politiques et la loi n°2015-007 du 4 mars 2015 portant Statut du chef de file de l’opposition politique, « dans toutes leurs dispositions ».
Lors de son passage sur le plateau de l’ORTM, le Directeur général de l’Administration du territoire, M. Abdoul Salam DIEPKILE, a soutenu que « le gouvernement est dans une démarche législative. » Selon lui, il fallait d’abord couper le mal à la racine en abrogeant cette loi qui établit les critères et les conditions de création d’un parti politique.
Il faut noter que cette loi est accusée de trop faciliter la création des partis politiques, alors que le peuple, dans sa grande majorité, souhaite un durcissement des conditions de création des partis.
Même si le Directeur DIEPKILE rassure que cette mesure « ne remet pas en cause l’existence des partis politiques », le sort de ces derniers sera très clairement défini dans la future charte qui sera présentée au Conseil national de transition pour validation. Ce qui est sûr, c’est que rien ne sera plus comme avant pour l’exercice de la politique au Mali.
Issa Djiguiba
