Chaque année, à la première grosse pluie, le même spectacle. Dans les quartiers populaires de Bamako, l’eau monte. Mais ce n’est pas l’eau seule qui déborde. Ce sont des montagnes de sachets, de bouteilles, de vieux matelas et de déchets de toute sorte. Nos caniveaux, censés évacuer l’eau, sont devenus les plus grandes poubelles à ciel ouvert de la capitale.
La pluie ne fait que révéler la saleté que nous cachons toute l’année.
Qui est le coupable ? Nous tous.
D’abord, nous, citoyens. Le geste est banal : une bouteille d’eau vide qu’on jette par la vitre, un sachet d’arachide qu’on lance dans le caniveau, les eaux de vaisselle qu’on déverse devant la porte. « Ce n’est qu’un sachet », dit-on. Mais mille « ce n’est qu’un sachet » finissent par boucher un quartier entier. Nous crions après la mairie, mais le premier déchet vient de notre main.
Ensuite, nos collectivités. Le ramassage est irrégulier, les bacs publics sont rares ou débordent, et le curage des caniveaux arrive souvent après les inondations, jamais avant. Dans les grands marchés comme Médina ou Dibida, les déchets finissent directement dans les eaux.
Enfin, notre urbanisme. Des maisons poussent sur les passages d’eau. Les camions ne peuvent pas accéder à certains quartiers. Et faute de décharge finale digne de ce nom, les ordures tournent en rond dans la ville.
Le prix à payer est lourd.
Sanitairement, c’est une bombe à retardement : paludisme, choléra, typhoïde. Nos enfants pataugent dans cette eau sale pour aller à l’école. Économiquement, les routes se détruisent, les boutiques sont inondées, les vendeuses perdent leur marchandise. Et humainement, quelle image donnons-nous de Bamako ? Celle d’une capitale qui étouffe sous ses propres déchets.
La solution n’est pas dans un seul bureau.
Aux citoyens : reprenons notre dignité. Le caniveau n’est pas une poubelle. Organisons des journées de salubrité dans nos quartiers. Dénonçons les dépôts sauvages.
Aux mairies du District : curage préventif, verbalisation, plus de partenariats avec les GIE de ramassage. Qu’on voie l’argent des taxes servir.
À l’État : il faut une vraie politique de gestion des déchets, avec recyclage et sensibilisation dès l’école.
Bamako ne mourra pas d’inondation. Elle mourra de saleté. Et de notre indifférence.
Le jour où l’eau retrouvera son chemin dans les caniveaux, Bamako retrouvera sa dignité.
Et ce jour-là dépend de chacun de nous.
Sira Kamissoko, Stagiaire
