A l’occasion de la sixième édition du festival culturel Ogobagna qui s’est ouverte le lundi 22 mars dernier à Bamako, le studio Tamani a profité de la présence de toutes les communautés du centre du Mali à ce festival pour lancer le débat du conflit dit « intercommunautaire ». Les représentants des associations Tapital pulaaku et Ginna Dogon invités, ont invité l’Etat et tous les acteurs des deux communautés à urgemment prendre leurs responsabilités afin travailler au retour de la paix et du vivre ensemble.
Lors de ce grand débat délocalisé pour la circonstance à la berge du fleuve Niger, le président de l’association Tapital pulaaku, Abou Sow, et le représentant de Ginna Dogon, Amadou Aguimé Guindo, ont tous évoqué leur incompréhension face à ce différend entre les communautés qui ont toujours vécues ensemble.
« Moi personnellement, je ne sais pas pourquoi ce conflit. Depuis que j’ai pris connaissance, je n’avais jamais entendu que les Peulhs et les Dogons sont en querelle » a indiqué le président de Tapital pulaaku, Abou Sow. Selon lui, les interprétations et amalgames ont fait croire à certains que tous les peulhs sont des djihadistes, alors que les Peuhls ont été ceux qui ont le plus souffert par cette question de djihadisme. A l’en croire, l’heure n’est plus au procès des uns et des autres, mais de réfléchir sur comment sortir de cette crise.
Amadou Aguimé Guindo, représentant de l’association Ginna Dogon, trouve que c’est plutôt l’abandon des valeurs traditionnelles qui a causé la flambée de cette crise au centre. Selon lui, les traditions avaient prévu des mesures pour non seulement éviter de tel problème, mais également de trouver une solution urgente afin de gérer d’éventuels différents entre la population. Des méthodes qui, toujours, ont eu un impact positif.
A ce niveau encore, il a souligné que l’hébergement des individus étrangers par la population rend difficile la gestion de cette crise. Pour lui, aucune famille ne pouvait héberger un étranger chez lui, sans que le chef de village et ses conseillers ne soient au courant autrefois, mais aujourd’hui, selon lui, chacune des parties cache délibérément des étrangers dont les intentions sont méconnues.
Si les représentants des deux communautés ne savent pas les causes exactes de ce conflit, Dr. Aly Tounkara, Écrivain et Directeur du centre de recherche d’études sécuritaire stratégique au Sahel (CE3S), a entre autre cité l’évolution démographique, la réduction des sites de pâturages et de culture ainsi que l’absence de l’autorité de l’Etat comme des phénomènes qui ont aggravé cette situation au centre.
Il estime que ces maux ont été exploités par les forces du mal pour opposer les communautés les unes contre les autres, soit à travers la religion ou l’ethnie. Sinon, selon lui, les conflits entre éleveurs et agriculteurs sont une tradition non seulement au centre, mais partout au Mali.
C’est pourquoi, selon lui, parallèlement aux projets d’aménagement qui est nécessaire, chaque partie doit changer son comportement afin de partager ensemble le peu d’espace vital qui est la cause connue de ce conflit.
Par ailleurs, il a souligné que le rôle de la capital Bamako est prépondérant dans la gestion de cette crise. Car, selon lui, c’est à Bamako et dans d’autres grandes villes que les ressortissants de cette région du centre financent et entretiennent le conflit.
Pour conclure, toutes les parties du débat ont invité l’Etat et les différents acteurs à s’impliquer davantage pour trouver une solution à cette situation qui commence à prendre d’autres proportions inquiétantes.
Issa Djiguiba
Source : LE PAYS
