Treize jeunes chercheurs africains ont reçu leur diplôme vendredi 5 juin 2026 à Bamako. Leur mission : lutter contre la résistance aux antimicrobiens, un phénomène que l’OMS considère comme l’une des plus graves menaces sanitaires du siècle.
Dans la salle de Conférence de la Faculté de pharmacie de l’USTTB, les applaudissements ont résonné bien au-delà d’une simple remise de diplômes.
Ce vendredi 5 juin, Bamako n’a pas seulement célébré treize nouveaux titulaires d’un master. La capitale malienne a vu émerger une nouvelle génération de spécialistes africains formés pour affronter un ennemi invisible mais redoutable : la résistance aux antimicrobiens.
Venus du Mali, du Cameroun, du Nigeria, du Kenya, de Madagascar, du Gabon et de Tanzanie, ces diplômés constituent la toute première cohorte du programme DELGEME Plus, une initiative portée par l’USTTB avec le soutien de la Science for Africa Foundation.
Une crise sanitaire qui avance en silence
Pour le grand public, le terme peut sembler technique. Pourtant, ses conséquences sont concrètes. La résistance aux antimicrobiens apparaît lorsque des bactéries, virus ou parasites ne répondent plus aux médicaments censés les éliminer. Des traitements autrefois efficaces deviennent alors inutiles.
Le phénomène est aggravé par l’automédication, l’usage abusif des antibiotiques et leur mauvaise prescription.
« Souvent, les patients achètent directement des médicaments sans consulter un médecin. Cela contribue fortement au développement de la résistance », explique Samba Sacko, l’un des diplômés.
Face à cette menace, les experts estiment que l’Afrique a besoin de milliers de spécialistes capables d’intervenir aussi bien dans les laboratoires que dans les politiques publiques.
Le pari audacieux de Bamako
Former de tels experts n’était pas gagné d’avance. Le programme a dû relever plusieurs défis. Le premier : dispenser un master international entièrement en anglais dans un pays francophone.
« Nous avons demandé à nos enseignants maliens d’enseigner en anglais. Ils ont accepté ce défi afin de garantir une formation de qualité à tous les étudiants », souligne le Pr Abdoulaye Djimdé, coordonnateur du programme et figure de référence de la recherche biomédicale africaine.
Pendant deux ans, une trentaine d’enseignants maliens et étrangers ont accompagné les étudiants dans un cursus mêlant médecine, pharmacie, génomique, santé animale, environnement et sciences sociales.
Kelly Gemandze, symbole d’une Afrique scientifique sans frontières
Parmi les diplômés, un nom a particulièrement retenu l’attention : Kelly Gemandze.
Originaire du Cameroun, elle termine major de cette première promotion continentale. Pour la jeune chercheuse, cette réussite dépasse le cadre individuel.
« Nous venons de plusieurs pays, avec des cultures et des parcours différents. Cette formation montre que la science peut rassembler l’Afrique autour des mêmes défis », confie-t-elle.
Son parcours incarne l’esprit même du programme : former des scientifiques africains capables de travailler ensemble pour produire des solutions africaines à des problèmes africains.
Le message fort du ministre
Présidant la cérémonie, le ministre Bouréma Kansaye a salué une initiative qu’il considère comme stratégique pour l’avenir du continent. Selon lui, cette première cohorte représente bien davantage qu’une promotion universitaire.
« Vous êtes des chercheurs, des leaders et des ambassadeurs de l’excellence scientifique africaine », a-t-il déclaré.
Le ministre a également lancé un défi aux nouveaux diplômés : mettre leurs travaux au service des décideurs publics à travers des notes de synthèse destinées à éclairer les politiques de santé.
Une première promotion, mais surtout un commencement
Pour les responsables du programme, la remise des diplômes ne marque pas une fin. Elle constitue plutôt le point de départ d’un réseau africain de spécialistes appelés à travailler ensemble face à des menaces sanitaires qui ignorent les frontières.
Dans un continent confronté aux maladies infectieuses, aux défis de la recherche et au manque d’experts spécialisés, ces treize diplômés représentent une avancée modeste en nombre, mais considérable en symbole.
Car derrière chaque diplôme remis vendredi à Bamako se dessine une conviction. L’Afrique peut former elle-même les scientifiques dont elle a besoin pour protéger sa santé et construire son avenir.
Kémoko Diabaté


