Édito : Et le Mali ?

Six mois après l’installation des autorités de la transition, les lignes ne bougent pas. La sécurité pour laquelle IBK a été chassé du pouvoir n’y est pas. La lutte contre la corruption, le clanisme, le clientélisme, est devenue est un discours creux. La vie chère continue son petit bonhomme de chemin. Les lignes ne bougent pas concernant les réformes politiques et institutionnelles promises. Bref, le ciel continue de s’assombrir sur le Mali.

Mais les politiques semblent ne pas mesurer la gravité de la situation, le danger qui pèse sur l’existence même du Mali. Chacun d’eux semble oublier l’essentiel, le Mali. Ce derrière lequel ils courent, c’est le précieux fauteuil de président de la République. Rencontres par-ci, visites par-là, meetings…chacun est en pré-campagne. Au lieu de chercher à se rassembler pour travailler à ce que les autorités transitoires réussissent les missions qui leur sont confiées, surtout la sécurisation des personnes et leurs biens, et les réformes politiques et institutionnelles, tous les débats sont concentrés sur les prochaines élections présidentielles. Personne ne se pose la question sur la possibilité même de la tenue de ces élections dans ces conditions où l’insécurité fait ravage dans plusieurs localités au nord et au centre du pays. C’est vrai : il nous faut un Président démocratiquement élu, un gouvernement et une Assemblée nationale légitimes. Mais y a-t-il pas plus prioritaire que les élections ? Bien sûr, à notre analyse.

Il faut d’abord que la refondation de l’Etat tant réclamée et pour laquelle des personnes sont mortes, soit une réalité. Avant les élections, il faut réussir les réformes politiques et institutionnelles, surtout les questions liées à l’organisation des élections. Au-delà des discours sur la nécessité de la création de l’organe unique de gestion des élections, les formations politiques et les candidats doivent faire pression sur les autorités transitoires pour la mise en place rapide de cet organe. L’un des maux des élections au Mali, c’est le poids de l’argent, l’achat de conscience. Il faudrait donc travailler à faire en sorte que le plus mauvais candidat ne puisse pas avoir la chance d’être président de la République du Mali parce qu’il est riche.

Même si ces réformes sont abouties, il faut efficacement lutter contre l’insécurité et travailler pour le retour de l’administration dans certaines localités du nord et du centre pour que les élections puissent avoir lieu.

Des solutions doivent être trouvées concernant la révision de la Constitution, l’Accord pour la Paix et la Réconciliation issu du processus d’Alger avant toute élection. Ce sont, entre autres, la résolution de ces problèmes qui doit, pour l’heure, être la priorité de ceux-là qui ont l’ambition de diriger ce pays un jour. Aller à des élections sans résoudre ces problèmes serait suicidaire. Si on s’entête à le faire, le prochain Président sera confronté aux mêmes difficultés qui ont fait partir IBK.

Boureima Guindo

Source : LE PAYS

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