La première édition du Forum Panafricain des Médias s’est ouverte ce mercredi 3 juin 2026 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), sous la présidence du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta. Placée sous le thème « Unir les voix, renforcer les liens entre les médias d’Afrique », la rencontre réunit pendant quatre jours des professionnels des médias, experts et décideurs venus de plusieurs pays africains et d’ailleurs.
Initiée par la Maison de la Presse du Mali, cette première édition rassemble des délégations du Burkina Faso, du Bénin, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Sénégal, du Tchad, du Togo, de la Mauritanie, de la République démocratique du Congo, ainsi que des représentants du Maroc, invité d’honneur, d’Haïti et de la Palestine.
Dans une salle comble du CICB, la cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence de membres du gouvernement, de présidents d’institutions, d’anciens ministres, de représentants du corps diplomatique, de responsables d’organisations professionnelles des médias et de nombreux journalistes.
Défendre le récit africain
Prenant la parole à l’ouverture des travaux, le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, a rendu hommage aux victimes du terrorisme ainsi qu’à Mahamane Hamèye Cissé, président du comité scientifique du forum, décédé en avril dernier.
Il a souligné les profondes mutations qui bouleversent aujourd’hui le paysage médiatique mondial et les défis qui en découlent pour les médias africains.
« Jamais dans l’histoire de l’humanité l’information n’a circulé avec une telle vitesse », a-t-il déclaré, estimant que les professionnels africains sont désormais engagés dans une véritable « bataille du récit ».
Pour lui, l’enjeu est de permettre au continent de raconter lui-même son histoire et de défendre ses réalités face aux phénomènes de désinformation et aux influences extérieures.
Une coopération médiatique renforcée
Le président de la commission d’organisation, Salif Sanogo, a plaidé pour une plus grande solidarité entre les médias du continent.
Selon lui, les acteurs africains de l’information doivent renforcer leurs collaborations afin de produire et diffuser davantage de contenus reflétant les réalités africaines.
« C’est à nous de raconter nos histoires. C’est à nous aussi de relater les actualités qui nous touchent. Parce que l’union fait la force », a-t-il affirmé.
Cette vision a également été développée par Marti Faye, journaliste et membre du comité scientifique du forum, qui a articulé son intervention autour des grands défis auxquels font face les médias africains.
Elle a notamment évoqué l’impact croissant des géants du numérique, l’impératif d’innovation technologique, la formation des journalistes aux outils numériques et à l’intelligence artificielle, ainsi que la nécessité de renforcer l’éthique professionnelle et la sécurité des acteurs des médias.
Marti Faye a également insisté sur la création de plateformes africaines souveraines capables de soutenir une information indépendante et adaptée aux réalités du continent.
L’Appel de Bamako en perspective
Les organisateurs espèrent que les travaux déboucheront sur l’adoption d’un document de référence baptisé « Appel de Bamako ».
Ce texte devrait servir de cadre pour promouvoir une information responsable, encourager les partenariats durables entre médias africains et renforcer la maîtrise collective du récit continental.
Au-delà des échanges professionnels, le forum ambitionne ainsi de jeter les bases d’une coopération médiatique plus structurée à l’échelle africaine.
Le Mali plaide pour la souveraineté informationnelle
Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a salué l’initiative et rendu hommage aux victimes civiles et militaires du terrorisme au Mali et dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Le Chef du gouvernement a également honoré la mémoire de Mahamane Hamèye Cissé, dont l’engagement a contribué à la préparation de cette rencontre.
Dans son intervention, il a réaffirmé l’attachement du Mali à la souveraineté informationnelle, qu’il considère comme une composante essentielle de la souveraineté des États.
Selon lui, la maîtrise de l’information constitue aujourd’hui un facteur stratégique pour la stabilité, la sécurité et le développement du continent.
Abdoulaye Maïga a par ailleurs appelé au renforcement des synergies entre médias africains, estimant que l’intégration médiatique doit accompagner les ambitions politiques, économiques et culturelles du continent.
Citant l’ancien président ghanéen Kwame Nkrumah, il a rappelé que « l’Afrique doit s’unir », un message qui a résonné comme le fil conducteur de cette première édition du Forum Panafricain des Médias.
Prévu jusqu’au 6 juin, le rendez-vous de Bamako entend devenir une plateforme permanente de réflexion et d’action pour les médias africains, à l’heure où le continent cherche à renforcer sa présence et son influence dans l’espace informationnel mondial.
Kémoko Diabaté


