Sa nomination début février 2026 au poste de ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de la Guinée-Conakry a suscité plus d’espoir que d’inquiétudes au sein de la famille judiciaire du pays. Toutefois, il fait face à l’un des premiers défis de la frontière entre fonction de magistrat et poste politique dans l’affaire dite « Ibrahima Kourouma ».
L’ancien ministre Ibrahima Kourouma a été blanchi, mardi, des charges qui pesaient contre lui. En détention depuis 2022 pour enrichissement illicite, il a bénéficié d’une relaxe pure et simple suite à un arrêt rendu par la Chambre des appels de la CRIEF de Conakry. Pourtant, malgré cette décision, Dr Kourouma a été reconduit en prison, provoquant l’indignation de ses conseils.
Dans un communiqué diffusé peu après le pourvoi en cassation exercé par le parquet spécial près la CRIEF, le collectif d’avocats du Dr Ibrahima Kourouma s’est d’abord félicité de l’arrêt de la Chambre des appels. Ce dernier infirme le jugement n°0011 du 15 mai 2025, déclarant l’ancien ministre non coupable de détournement de deniers publics et d’enrichissement illicite.
Pour la défense, cette décision consacre la primauté du droit et la présomption d’innocence. « Après quatre années de détention, cet arrêt rétablit l’honneur et la dignité d’un homme injustement poursuivi », souligne le communiqué.
L’euphorie de la défense a fait long feu. Alors que ses proches l’attendaient à sa sortie, l’ancien ministre a été ramené à la Maison centrale de Conakry. Cette réincarcération, qualifiée « d’illégale », est au cœur de la colère de ses avocats qui dénoncent une violation manifeste de la loi. Le collectif s’appuie sur l’article 160, alinéa 2, de la loi organique L/2025/037/CNT du 21 novembre 2025. Le texte stipule qu’un prévenu acquitté ou relaxé en appel doit être « mis en liberté immédiatement », nonobstant un éventuel pourvoi en cassation du parquet. En d’autres termes, aucun recours ultérieur ne peut légalement justifier le maintien en cellule d’un citoyen déclaré innocent.
Face à ce qu’il considère comme une entorse grave aux engagements internationaux de la République de Guinée, le collectif a interpelé le Ministre des Droits de l’Homme sur cette question. Les avocats exigent « la saisie en urgence du dossier pour faire cesser cette détention arbitraire » et « l’exécution sans délai de l’arrêt de la CRIEF ». Tout en se prévenant qu’il se réserve le droit d’engager toutes les procédures nécessaires pour faire respecter la liberté de son client.
Cette interpellation des avocats à l’endroit du nouveau garde des Sceaux a tout l’air d’un défi. D’autant plus que sa nomination le 2 février dernier a suscité une vague d’espoir au sein du paysage judiciaire guinéen. Les réactions positives ne se sont pas fait attendre. Tant, ce magistrat ayant conduit le procès du massacre du 28 septembre, est apprécié dans le milieu des hommes en robe. Un procès de Dadis et coaccusé qui a duré près de 22 mois au tribunal criminel de Dixinn. Désormais à la tête du ministère de la Justice, Ibrahima Sory II Tounkara est attendu sur ce premier dossier houleux.
Il n’est pas sans rappeler que la fonction de magistrat est une chose. Cependant, le poste de ministre de la Justice en est une autre : c’est dire politique.
Kémoko Diabaté
