Cinq ans après le début de la Transition, l’école malienne tend à changer de visage. Les ministres de l’Éducation nationale, Amadou Sy Sawané, et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Professeur Bouréma Kansaye, ont dressé jeudi 25 juin 2026 à Bamako un bilan détaillé des réformes engagées dans le secteur éducatif, à l’occasion d’une conférence de presse tenue à l’ex-DNAFLA. Un bilan chiffré, structuré autour de quatre piliers : les infrastructures, la pédagogie, le numérique et la souveraineté universitaire.
Sur le front des infrastructures, l’effort est massif. Plus de 2 230 salles de classe ont été réhabilitées sur l’ensemble du territoire national et 1 104 nouvelles salles sont réalisées ou en cours de construction. À cela s’ajoutent la création de lycées d’excellence, la construction d’Instituts de Formation des Maîtres et d’Instituts de Formation Professionnelle, ainsi que l’acquisition de 67 000 tables-bancs. Des investissements que le gouvernement présente comme la traduction concrète d’une volonté politique d’offrir à chaque élève malien un cadre d’apprentissage digne.
Les réformes pédagogiques engagées dans le cadre du PRODEC II portent quant à elles sur la modernisation des curricula, la promotion des langues officielles et la mise en œuvre d’un plan national de lutte contre l’analphabétisme. La sécurisation des examens nationaux constitue également un chantier majeur : codification des sujets par centre et par matière, abandon du tirage en vrac, publication des résultats sur une plateforme officielle. Des mesures destinées à restaurer la crédibilité d’examens longtemps fragilisés par les fuites et la fraude.
Le numérique s’impose comme levier transversal de modernisation. Le Portail de l’Éducation, le renforcement du Système d’Information et de Gestion de l’Éducation et la digitalisation de la mobilité des enseignants améliorent la gouvernance du secteur. Dans l’enseignement supérieur, les préinscriptions, réinscriptions et demandes de bourses se font désormais depuis un téléphone portable, supprimant les longues files d’attente devant les facultés. Une convention avec l’Agence de Gestion du Fonds d’Accès Universel est prochainement prévue pour accélérer ce déploiement numérique dans les établissements.
Dans l’enseignement supérieur, la rupture est tout aussi notable. Cinq nouvelles universités ont été créées depuis le début de la Transition à Gao, Tombouctou, Sikasso, Bandiagara et Kayes, pour assurer un maillage territorial équitable. Le Centre d’Intelligence Artificielle et de Robotique, déjà opérationnel, et le Centre d’Excellence en Énergie Solaire illustrent une ambition clairement affichée : former des compétences souveraines dans des filières stratégiques, pour que les secteurs du lithium et du solaire ne restent pas entre les mains d’étrangers. L’Institut National de Recherche en Médecine Traditionnelle et en Pharmacopée complète ce dispositif de souveraineté, permettant au Mali de développer des médicaments à partir de ses propres ressources, leçon tirée de la pandémie de Covid-19. Le Mali est par ailleurs pleinement entré dans le système Licence-Master-Doctorat, permettant aux étudiants d’accomplir l’intégralité de leur cursus sur le territoire national. L’État y consacre au moins 10 milliards de francs CFA par an en bourses et aides diverses.
La conférence a aussi donné la parole aux acteurs du secteur. Le représentant des promoteurs d’écoles privées a plaidé pour une unification des dates de rentrée et une meilleure intégration du privé dans les politiques éducatives de l’État, rappelant que ce secteur représente des milliards d’investissements et des milliers d’emplois. Le représentant de l’Association des Parents d’Élèves a salué l’amélioration du climat social dans les établissements tout en appelant à la création d’une passerelle directe permettant aux enseignants formés d’être recrutés sans concours, face à une pénurie de personnel enseignant qui reste criante sur le terrain.
Kémoko Diabaté
