La lutte contre le paludisme entre dans une nouvelle phase. Le réseau WANECAM3 annonce ce 1er septembre 2026 le lancement de son troisième programme de recherche, le plus ambitieux à ce jour, pour développer une nouvelle génération de traitements antipaludiques capables de guérir la maladie en une seule dose. Le Mali, à travers l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako et le leadership scientifique du Professeur Abdoulaye Djimdé, est au cœur de cette initiative internationale.
Le programme rassemble onze partenaires issus de six pays africains et de quatre pays européens, cofinancé par l’Union européenne dans le cadre de Global Health EDCTP3, le géant pharmaceutique Novartis et Medicines for Malaria Venture. Son objectif est de répondre à une urgence sanitaire que les chiffres illustrent clairement : le paludisme tue chaque année des centaines de milliers de personnes, en grande majorité des enfants africains de moins de cinq ans, et les médicaments actuellement utilisés font face à une résistance croissante qui menace de réduire à néant des décennies de progrès.
Les traitements antipaludiques actuels nécessitent plusieurs prises étalées sur plusieurs jours. Dans des contextes où l’accès aux soins est limité, les distances sont grandes et la pauvreté répandue, cette contrainte est un obstacle réel à l’efficacité du traitement. Des patients qui abandonnent leur traitement à mi-parcours, c’est non seulement un échec thérapeutique individuel, mais aussi une accélération du développement des résistances. WANECAM3 veut casser ce cycle en mettant au point un médicament qui guérit en une seule dose.
« WANECAM3 offre une occasion unique de développer la prochaine génération de médicaments antipaludiques, avec l’ambition de parvenir à un traitement curatif à dose unique contre le paludisme non compliqué. »
— Professeur Abdoulaye Djimdé, responsable scientifique de WANECAM3
Les essais cliniques de phase 2 et de phase 3 évalueront plusieurs candidats médicaments sans dérivés d’artémisinine, famille de molécules sur laquelle repose actuellement l’essentiel de l’arsenal antipaludique mondial. Développer des alternatives sans artémisinine est une nécessité stratégique : si ces molécules venaient à perdre leur efficacité face à des parasites résistants, le monde se retrouverait sans filet de sécurité thérapeutique. C’est précisément ce scénario que WANECAM3 cherche à prévenir.
Au-delà du développement médicamenteux, le programme investit dans quelque chose de tout aussi fondamental : les capacités de recherche africaines. Les équipes au Burkina Faso, au Gabon, au Kenya, au Mali et en Ouganda ne sont pas de simples sites d’essai. Elles sont des partenaires scientifiques à part entière, appelées à développer leur leadership dans la recherche clinique, à renforcer la surveillance de la résistance et à approfondir la compréhension des mécanismes de transmission du paludisme. L’Éthiopie participera à des activités spécifiques de renforcement des capacités.
Depuis sa création en 2010, le réseau WANECAM a contribué à l’évaluation de plusieurs traitements antipaludiques innovants. Ce troisième programme s’appuie sur près de deux décennies d’expérience pour aller plus loin et plus vite.
Kémoko Diabaté
