Politiques, société civile, syndicats, religieux… Les trahisons pour des raisons de positionnement ont laissé des blessures très profondes entre les acteurs des différentes entités au point que certains jurent de ne plus collaborer avec d’autres jusqu’à la fin de leur jour dans ce bas monde.
Départs inattendus, coups bas… Le jeu politique malien est un milieu habitué à ce comportement. Durant des décennies, des alliés politiques se séparent à un point A sur la base de trahison qui ne dit pas son nom pour raison d’intérêt, mais il n’est pas à exclure qu’ils se retrouvent à un autre point suite à une circonstance qui lie leurs intérêts. Le mauvais caractère se transporte étrangement de l’arène politique vers des milieux qui ont un rôle capital dans la bonne marche du pays. La société civile est le socle d’une République. Les citoyens sont au début, au milieu et à la fin de tout processus. Les religieux au-delà du prêche de la parole de Dieu, sont une sorte de garants pour la stabilité du pays. À chaque fois qu’il y a tensions, ils doivent engager la médiation pour éteindre le feu. Les syndicats défendent les droits des travailleurs afin d’empêcher l’État d’être un monstre qui asphyxie les employés.
À l’analyse des événements, l’histoire politique du Mali a bouleversé l’ordre normal des choses entrainant l’atterrissage de toutes les autres entités sur le terrain politique. Leurs missions régaliennes sont désormais illimitées. Elles sont dès lors au cœur des affaires politiques. Et y ont pris goût. Du coup, les mauvaises habitudes de certains acteurs de la classe politique deviennent les leurs. Et pour des intérêts personnels, ils passent par tous les chemins tortueux pourvu que cela leur favorise l’atteinte de l’objectif recherché.
Plus de principe. La trahison n’est plus cet acte abominable qui était source d’excommunication dans la société traditionnelle, ou d’autres sentences sévères.
L’histoire récente est marquée par d’exemples tristes. Rappelons-nous des heures de la chute d’Att du pouvoir et les années qui s’en suivirent. Il a été trahi par presque tous ses alliés. Certains ont d’ailleurs contribué à sa chute. D’autres au lendemain du coup d’État ne s’en cachaient même plus d’être aux côtés des tombeurs de leur bienfaiteur.
Peu après, suite à la période transitoire, intervient l’arrivée en grande pompe d’IBK plébiscité et adoubé comme un messie. Ils étaient tous là ou presque la majorité l’accompagnant avec des éloges, dissimulant les dérives. Et une fois éjecté du cercle de privilège d’IBK, ils forment un clan et engagent le front avec pour unique objectif, faire tomber le Président. Ils amplifient la lutte, convainquent le peuple et finalement ont eu raison d’IBK. Mais quelle sera la finalité ?
L’entrée dans le jeu des militaires qualifiés d’éléments qui ont parachevé la lutte évite au Mali le pire. La suite de la série fait tomber le masque. Pour la mise en place d’une équipe composée des acteurs des deux tendances (militaires-M5), l’ensemble homogène- société civile- syndicats- religieux – se disloque suite à des querelles internes. Raisons de postes. Ils ont oublié le Mali. Les dommages causés par la lutte qu’il fallait vite réparer laissent place à une bataille fatale surtout auprès des militaires au pouvoir. Tous les secrets sont dévoilés. Les rangs se rétrécissent avec des départs massifs. À la longue, plus rien n’y restait. Simple constat : 4 tendances se dégagent et se regardent désormais en chiens de faïence.
Cette politique de haine et de trahison les uns envers les autres pour raisons de positionnement a fini par enterrer la classe politique qui est à la base de tous les problèmes. Aujourd’hui, ils n’existent plus et plusieurs acteurs ont juré qu’ils ne se retrouveront plus pour un même combat.
Cette situation malheureuse est un véritable frein à la réconciliation. Le Mali en a besoin à ce moment précis, mais s’aventurer sur un tel terrain relève de l’utopie. Alors, l’on a le droit de se poser la question : faut-il faire table rase des acteurs actuels de toutes ces entités tout en se donnant comme action prioritaire la refondation du citoyen malien lui-même ?
Les autorités actuelles ont, en tous les cas, du pain sur la planche. Le Malien est difficile à cerner. Et face à un intérêt quelconque, il est prêt à sacrifier sa conviction.
Qu’Allah veille sur le Mali.
Kèlètigui Danioko
