Bien que naturelles, les périodes de menstrues demeurent des moments de rejets et d’excommunication de la gent féminine et en parler est un grand tabou surtout en milieu masculin. Pour donc briser ce mythe, l’Office National de la Santé de la Reproduction (ONASR) a saisi la célébration de la Journée internationale de la gestion de l’hygiène menstruelle pour lancer une large campagne de sensibilisation contre cette lecture dégradante de la femme. L’annonce a été faite par le Directeur général de l’ONASR, le Dr Ben Moulaye Idriss, lors d’une conférence de presse tenue le 8 juin 2026 à Bamako.
À travers cette initiative organisée dans le prolongement de la Journée internationale de l’hygiène menstruelle célébrée chaque année le 28 mai, l’ONASR entend faire de la santé menstruelle une question de santé publique, d’éducation et de dignité humaine. L’objectif : briser le silence qui entoure encore les règles, combattre les préjugés et favoriser un environnement plus favorable aux femmes et aux jeunes filles.
Au Mali comme dans de nombreux pays, les menstruations restent entourées de croyances et de stigmatisations qui limitent souvent les discussions ouvertes sur le sujet. Ces perceptions constituent un obstacle à l’accès à une information fiable, à des produits d’hygiène adaptés et à des infrastructures sanitaires appropriées. Pourtant, selon l’Organisation mondiale de la Santé, la santé menstruelle fait partie intégrante du bien-être physique, mental et social des femmes et des adolescentes.
Pour l’ONASR, la gestion de l’hygiène menstruelle ne se résume pas à une question d’hygiène. Elle est étroitement liée à la santé reproductive, à la réussite scolaire des filles et à leur autonomisation. Une mauvaise gestion des menstruations peut favoriser certaines infections et avoir des répercussions sur la participation des adolescentes à la vie scolaire et sociale.
Les défis demeurent importants. Selon les données citées par l’Office, les infrastructures adaptées à la gestion de l’hygiène menstruelle restent insuffisantes dans de nombreux établissements scolaires. Les statistiques disponibles indiquent également que certaines filles voient leur parcours éducatif affecté par les difficultés liées à la gestion de leurs règles. Une situation qui rappelle l’importance de renforcer les actions de sensibilisation et d’améliorer les conditions d’accueil dans les écoles.
Face à ces constats, l’ONASR a élaboré une campagne articulée autour de plusieurs objectifs. Il s’agit notamment de sensibiliser les communautés, en particulier les adolescentes, aux bonnes pratiques de gestion de l’hygiène menstruelle, de renforcer les connaissances des jeunes sur la santé reproductive, d’encourager les décideurs à faciliter l’accès aux produits menstruels et de plaider pour l’amélioration des infrastructures sanitaires dans les établissements scolaires et les espaces publics.
L’une des particularités de cette campagne réside dans la volonté d’impliquer les hommes et les garçons dans la lutte contre la stigmatisation liée aux menstruations. Pour l’Office, la déconstruction des tabous ne peut être effective sans une mobilisation de l’ensemble de la société. Changer le regard porté sur les règles constitue une étape essentielle pour garantir aux femmes et aux filles le respect, la dignité et l’égalité des chances.
Très bientôt, des conférences interactives, des séances de partage d’expériences, des activités éducatives ainsi que des campagnes de sensibilisation à travers les médias et les communautés locales seront organisées. L’ONASR espère, à travers cette mobilisation, contribuer à l’émergence d’un environnement où les menstruations ne sont plus perçues comme un sujet de honte ou d’exclusion, mais comme une réalité naturelle nécessitant information, accompagnement et respect.
Issa Djiguiba
