Réunis le 13 octobre 2026 à Bamako, les acteurs de la régulation, des médias, de la société civile et des plateformes numériques ont appelé à renforcer la coopération pour lutter contre la désinformation, les discours de haine et les violences en ligne. La protection des enfants et la nécessité de traduire les engagements en actions concrètes ont occupé une place importante dans les échanges.
La rencontre annuelle du Forum de Bamako sur le numérique et la cohésion sociale s’est tenue mardi dans la capitale malienne. Organisée avec la participation de Search for Common Ground, de la Haute Autorité de la communication (HAC), de l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC), de l’UNESCO, de Meta et d’autres partenaires, elle a réuni des acteurs maliens ainsi que des représentants des autorités de régulation du Burkina Faso et du Niger.
Président de la HAC, Gaoussou Coulibaly a souligné les avancées enregistrées ces dernières années en matière de coopération entre les régulateurs et de dialogue avec les plateformes numériques. Il a notamment rappelé les initiatives conduites à Abidjan en avril 2024, à Praia en septembre 2025 et l’élaboration, en 2026, d’un guide pratique sur l’intégrité de l’information.
Pour lui, ces acquis doivent désormais produire des effets tangibles dans la vie des populations. La désinformation, les discours de haine, les violences en ligne et les risques associés à l’intelligence artificielle dépassant les frontières nationales, les réponses doivent également s’inscrire dans une dynamique de coopération régionale.
Le président de la HAC a notamment plaidé pour une coopération durable entre les autorités de régulation du Mali, du Burkina Faso et du Niger, dans le cadre de leur plateforme de coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Il a appelé à institutionnaliser les cadres d’échanges afin de garantir le suivi des recommandations et la mise en œuvre d’actions coordonnées.
Protéger les enfants dans l’espace numérique
Directeur pays Sahel et Bénin de Search for Common Ground, M’Bara Adiawiakoye a, pour sa part, insisté sur la nécessité de considérer le numérique non seulement comme un espace présentant des risques, mais aussi comme un outil de dialogue, de prévention des conflits et de renforcement de la cohésion sociale.
Évoquant les initiatives de consolidation de la paix numérique soutenues par son organisation, il a invité les participants à dépasser le simple constat des problèmes pour évaluer les progrès réalisés, identifier les réponses efficaces et définir des priorités communes conciliant protection des personnes, libertés fondamentales et responsabilité des acteurs.
La protection des enfants a également été au centre des interventions. Journaliste au quotidien national L’Essor, Siguéta Salimata Dembélé a présenté les enseignements de son enquête intitulée « Espace numérique au Mali : les enfants sont des proies faciles ».
Elle a alerté sur l’exposition croissante des mineurs au cyberharcèlement, au chantage, aux intimidations et à la diffusion de contenus intimes. Selon les informations recueillies auprès du procureur du Tribunal pour enfants, au moins cinq cas mensuels d’infractions numériques impliquant des enfants, comme victimes ou co-auteurs, seraient enregistrés.
La journaliste a relevé que, malgré l’existence de mécanismes juridiques de protection, de nombreux enfants et parents ignorent les recours disponibles. Elle a recommandé de renforcer la sensibilisation, d’accompagner les familles et d’interroger l’efficacité des dispositifs mis en place par les plateformes.
Au terme de cette rencontre, l’enjeu demeure de transformer les échanges et les engagements en mesures concrètes, afin de faire du numérique un espace plus sûr et favorable à la cohésion sociale.
Kémoko Diabaté


