Réunis le 17 février 2026 à l’hôtel de l’Amitié, les acteurs publics, privés et de la société civile ont officiellement donné le coup d’envoi des travaux techniques devant conduire à une réglementation sur la teneur en plomb dans les peintures au Mali. Une initiative portée par le ministère de l’Environnement, avec l’appui du Projet LEEP, face à une menace sanitaire et économique encore insuffisamment documentée dans le pays.
Bamako franchit une autre étape dans la lutte contre l’exposition au plomb. Un atelier consacré à cette problématique a été présidé par le secrétaire général du ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Moussa Diarra, le mardi 17 février dernier. L’initiative marque l’entrée du Mali dans un processus devant aboutir à l’encadrement strict de la teneur en plomb dans les peintures commercialisées sur son territoire.
Considérée comme l’une des sources d’exposition au plomb les plus évitables chez les enfants, la peinture au plomb constitue pourtant un facteur majeur de saturnisme à l’échelle mondiale. Utilisée dans les habitations et les écoles, elle génère des poussières et des écailles toxiques inhalées ou ingérées, avec des conséquences irréversibles sur le développement neurologique. Les données internationales indiquent qu’un enfant sur trois est touché par l’empoisonnement au plomb, entraînant une baisse des capacités cognitives, des performances scolaires réduites et, à long terme, une diminution du potentiel économique.
L’Organisation mondiale de la Santé fixe à 5 microgrammes par décilitre le seuil de plombémie au-delà duquel une intervention s’impose. Chez l’enfant, les effets se traduisent notamment par l’anémie, les retards de croissance et des troubles mentaux, tandis que chez l’adulte l’exposition favorise l’hypertension et les maladies cardiovasculaires. Sur le plan économique, le coût de l’exposition au plomb chez les enfants en Afrique est estimé à 138 milliards de dollars par an, soit 4 % du PIB régional. Pour le Mali, la perte est évaluée à 6,61 % du produit intérieur brut.
Malgré ces enjeux, le pays fait face à un déficit de données récentes permettant de mesurer l’ampleur réelle du phénomène et d’identifier précisément les sources d’exposition. C’est pour combler cette lacune qu’une étude sur les peintures commercialisées au Mali sera engagée afin d’en déterminer la teneur en plomb et d’évaluer leur contribution au saturnisme. L’objectif est d’aligner les produits disponibles sur la limite de 90 parties par million recommandée au niveau international.
L’atelier avait également pour vocation d’informer les différents acteurs sur les dangers du plomb et sur les normes internationales, d’encourager les fabricants locaux ainsi que les importateurs à migrer vers des alternatives sans plomb et de préparer le terrain à l’adoption d’un cadre réglementaire spécifique. Une quarantaine de participants issus des services techniques de l’État, des douanes, du secteur de la santé, du commerce, de l’industrie, du secteur privé et des organisations de la société civile ont pris part aux travaux.
Issa Djiguiba
