L’absence du chef du gouvernement lors des prises de contact du chef de l’état avec les leaders politiques ne manque pas de surprendre. Car pour une affaire étatique de si grande importance, engageant l’avenir du pays, le 1er ministre avait toute raison d’être présent à la réunion. Serait-ce pour ménager la susceptibilité& des politiciens qui semblent vomir ce dernier ? Il semble bien que oui.
Le président Assimi entamé ses prises de contact avec les partis politiques en dehors de son 1er ministre à la grande surprise de tout observateur averti. La raison ? N’allons pas chercher loin, car elle est évidente : son homme à tout faire est à couteaux tirés avec la majorité des politiciens qui semblent ne point le gober, et demandant même sa démission pure et simple. Sa seule présence et sa vue risqueraient donc de les indisposer. En plus et surtout que Choguel apparait comme l’avocat principal et l’initiateur caché du brûlant projet de grande concertation nationale qui n’a pas l’aval des politiques qui le trouvent inutile et superflu ; alors que le temps presse. Une concertation qui, aux dires du gouvernement, va permettre une large investigation en vue de déceler ce qui cloche pour pouvoir y apporter des solutions salvatrices. Mais en face, les leaders politiques trouvent que c’est du déjà vu et que la précédente réunion du genre a été reléguée aux calendes grecques sans qu’aucune de ses nombreuses résolutions ne soit suivie et appliquée. Si on ne trouve pas que c’est une stratégie bien pensée pour sauver la transition et lui octroyer un délai plus souple sous le couvert du peuple.
Mais au juste, qu’est-ce qui cloche exactement entre Choguel et ses ex compagnons de bord ? Allez-y trouver une raison précise, mais d’aucuns trouvent son bilan négatif et d’autres, pire, carrément catastrophique. A cette notation, une question se pose : de quel bilan parle-t-on si l’homme n’a même pas encore commencé son travail ? Car un bilan s’établit après une activité dont on est chargé de mener à bon port. Mais dans le cas de figure où nous sommes, l’essentiel du travail assigné à cette transition n’a même pas encore été grignoté. A savoir la création (urgente) d’une commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), la révision du fichier électorale qui n’est plus qu’une relique, et la refondation du pays. Et soit dit en passant, cette dernière tâche, un travail colossal et de longue haleine, dépassé la petite force de cette transition, ne nous leurrons pas. Car vouloir soigner une grosse plaie chronique de surcroit infectée avec une thérapie superficielle n’est que vain effort et peine perdue.
Pour revenir à notre sujet, il faut que la dite transition a jusqu’ici travaillé en veilleuse, tardant à se soustraire de sa léthargie pour prendre le taureau par les cornes en affrontant de manière frontale l’immense tâche à elle assignée. Et puisque le constat du retard accusé est déjà établi, il faut faire avec en lui accordant un temps supplémentaire. Allons doucement, on est pressé. Et ceci est la voie et la voix de la raison. Vouloir au pied levé changer de 1er ministre comme le veulent les adversaires de Choguel ne fera que retarder l’échéance en chamboulant le travail gouvernemental. Et nous risquons un éternel recommencement. Mais de l’autre côté, on ne fait que réclamer la démission pure et simple du 1er ministre, le respect au forceps du délai initial de la transition, la tenue forcenée des élections à la date imposée par la CEDEAO, et ce, malgré un fichier défaillant. Quelle cécité !
Notre intention ici n’est pas de juger qui que ce soit, mais force nous est de dire que la démarche des politiciens est des plus incompréhensibles et demande qu’on s’y attarde un peu en se posant des questions qui découlent de leur comportement.
Avant tout, l’impasse qu’ils veulent faire sur la CENI et sa création. Cet organe réclamé à cors et cris par tous les maliens et principalement eux-mêmes depuis des lustres.
Celle rappelle les questions suivantes : pourquoi refuser brusquement aujourd’hui un projet qu’on a toujours réclamé ? D’autre part, serait-il prudent d’aller aux urnes pour seulement y aller alors qu’on sait que le talon d’Achille du pays se situe justement au niveau des élections ?
On a encore en mémoire la tempête dévastatrice suite aux dernières échéances électorales qui a bloqué la vie et la marcher du pays pendant longtemps. Et après analyse, on peut même dire que la chute d’IBK est indirectement liée à ce problème. On ne peut aussi oublier le bras de fer auquel s’est livré feu Soumaïla Cissé le candidat malheureux avec IBK pour contester une élection qu’il jugeait entachée de fraudes. Autres questions : nos politiciens ne voient donc pas le danger électoral qui plane sur le pays comme une épée de Damoclès prête à frapper ? Ce grave danger tapi dans les arcanes du temps, nous guettant et prête à nous diviser ? Des élections supervisées en bonne et due forme par un organe réellement indépendant ne seraient-elles pas plus viables ? Qui veut voyager loin, ménage bien sa monture, dit-on.
Ensuite, du désengagement du 1er ministre. Là, le constat est déjà fait : la transition accuse un grand retard pour avoir trainé des pieds. On n’y peut plus rien et tout est déjà consommé. Dans ces conditions, au lieu de tout chambouler en cassant le gouvernement, ne voudrait-il pas mieux de lui accorder le bénéfice du doute en le laissant y aller ? Cela s’appelle économie de temps sur un temps qui nous a déjà pris à la gorge.
La dernière question est la plus épineuse : le délai de la transition. Problème crucial pour la simple raison qu’il ne dépend pas exclusivement des seuls maliens, puisque la CEDEAO s’y est elle aussi invitée : une CEDEAO qui maintient mordicus le délai initial fixé au départ à la transition, en imposant obstinément le calendrier électoral de crû. Ce dont le 1er ministre ne veut guère entendre parler. Car il tient farouchement à accomplir sa mission (Ô combien immense !) mais pas dans le délai relativement court. Le temps étant un maître d’œuvre patient, mais efficace qui laisse toujours des traces sur son passage.
Pour revenir à nos politiques, là aussi, ils sont tout à fait d’accord avec l’instance communautaire, jouant du même violon : la transition doit déguerpir à l’issue du temps à elle imparti sans autre forme de procès.
Pour l’instance communautaire, cela passe, car eux sont hors de la maison et ne peuvent donc cerner tous les problèmes internes auxquels le Mali est en proie et confronté. Mais pour des fils de la maison que sont nos hommes politiques, donc imprégnés des réalités et de tous ces sempiternels problèmes qui accablent le pays à cette heure cruciale, cette position figée dépasse tout entendement et déroute. Abréger la transition, ou du moins maintenir au forceps le délai initial fixé, destituer le 1er ministre, annuler la création de la commission électorale, et aller aveuglement aux élections, toute une panoplie de demandes qui semblent aller dans le mauvais sens, et difficiles à comprendre pour qui veut le bien de ce pauvre pays déshérité. On ne dit pas qu’ils ne nourrissent pas un brin de sentiment patriotique, loin de là, mais en vérité, les voies qu’ils préconisent ne sont pas faites pour concourir au bonheur de leur peuple.
Qu’ils essaient de servir leur copie en se remettant en cause afin de pouvoir mieux appréhender le mal et les problèmes maliens. Sinon, avec ce qu’ils préconisent, le pays va droit dans le mur.
Comme si on n’était hanté et préoccupé que par des élections, seulement des élections, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, tant pis !
Ladji Diakité
