L’hôtel Azalaï Salam de Bamako abrite depuis hier, jeudi 17 septembre 2026, un atelier de deux jours consacré à la protection des données à caractère personnel. Organisée par l’APDP et l’ASSEP, la rencontre se tient autour du thème : « La conciliation entre le droit au respect de la vie privée et la liberté d’expression ». Elle est placée sous la présidence de Mohamed Ag Albachar, Chef de Cabinet du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, représentant le ministre Alhamdou Ag Ilyène, en présence des présidents de l’ASSEP, Boubacar Yalcoué, de l’APDP, Pr Mahamadou Samassekou, ainsi que des représentants de la Maison de la Presse, Daouda Konaté, de la HAC, Mohamed Kanouté, et plusieurs directeurs de publication.
Les échanges portent ainsi sur les responsabilités professionnelles qui accompagnent l’exercice quotidien du journalisme. La presse occupe une place importante dans la société à travers l’information, l’alerte et la contribution au débat public. Cette mission implique cependant une responsabilité éditoriale, juridique et éthique dans le traitement des informations. Les médias collectent, enregistrent, conservent et diffusent régulièrement des données permettant d’identifier des personnes. Il peut notamment s’agir de noms, photographies, numéros de téléphone, adresses, images, enregistrements sonores ou informations concernant des victimes, témoins et personnes mises en cause dans certaines affaires.
Avec le développement du numérique, la circulation des informations personnelles est devenue plus rapide. Internet et les réseaux sociaux offrent de nouveaux espaces de diffusion, tout en rendant plus délicate la frontière entre vie privée et espace public. Dans ce contexte, les professionnels des médias sont appelés à mesurer les conséquences de leurs publications. La rapidité de l’information ne dispense donc pas de la vérification, du discernement et du respect des règles qui encadrent le traitement des données personnelles dans les rédactions.
Les deux journées de la session s’articulent autour de deux thématiques complémentaires. La première porte sur le « cadre juridique et institutionnel de la protection des données à caractère personnel » et la seconde sur le « Droit au respect de la vie privée et la liberté d’expression ». Ces deux axes permettent d’aborder, d’une part, les règles et institutions relatives aux données personnelles et, d’autre part, la relation entre protection de la vie privée et exercice de la liberté d’expression dans les médias.
La question centrale reste celle de l’équilibre entre le droit du public à l’information et le respect des droits individuels. Informer sur des faits d’intérêt public demeure une mission essentielle de la presse, mais la publication d’une donnée personnelle nécessite également une appréciation responsable. La vie privée, l’intimité et la dignité doivent être prises en compte dans les pratiques professionnelles. Cette approche invite les rédactions à distinguer l’intérêt public de la simple curiosité lors du traitement des sujets sensibles.
Dans son intervention, le président de l’ASSEP, Boubacar Yalcoué, a insisté sur les profondes transformations apportées par Internet et les réseaux sociaux dans le travail des médias. Selon lui, la rapidité de circulation de l’information impose aux professionnels de s’interroger davantage sur la collecte, le traitement et la publication des données personnelles. Chaque nom, photographie, numéro de téléphone ou témoignage peut concerner directement une personne, une famille ou sa dignité. D’où la nécessité d’adapter les pratiques professionnelles aux nouvelles réalités du numérique.
Boubacar Yalcoué a également placé le renforcement des capacités au cœur de la démarche de l’ASSEP. Il a souligné la nécessité pour les professionnels de mieux connaître leurs droits, mais aussi leurs obligations en matière de protection des données et de respect de la vie privée. Pour l’association, cette formation doit favoriser une presse libre, responsable et moderne, tout en renforçant la collaboration avec l’APDP. Cette dynamique doit permettre aux médias de disposer de repères adaptés aux situations rencontrées quotidiennement dans les rédactions.
Quant au représentant de la HAC, Mohamed Kanouté, il a également relevé l’importance de la protection des données dans le travail médiatique. L’explosion du numérique facilite l’accès aux informations personnelles et multiplie les espaces de diffusion. Dans cette situation, la recherche de la primeur peut exposer les médias au risque de franchir certaines limites. Le Code d’éthique et de déontologie du journaliste au Mali rappelle, dans son article 04, que le journaliste respecte la vie privée tant qu’elle n’interfère pas avec l’intérêt général.
De son côté, le président de l’APDP, Pr Mahamadou Samassekou, la conciliation entre liberté d’expression et respect de la vie privée est présentée comme une question fondamentale. La liberté de la presse permet d’informer, d’enquêter et de contribuer au débat public, tandis que la protection des données vise notamment la dignité et l’intimité des personnes. L’enjeu consiste donc à faire vivre ces droits ensembles, avec discernement. Les responsables de médias sont particulièrement concernés par cette démarche, notamment pour protéger les personnes vulnérables et éviter les expositions inutiles.
Au terme de cette session, les participants doivent disposer d’une meilleure compréhension des règles applicables et des situations susceptibles de poser difficulté dans le traitement des informations personnelles. Les échanges doivent également favoriser l’adoption de pratiques plus responsables au sein des rédactions. Pour l’ASSEP et l’APDP, cette initiative ouvre la voie à une collaboration durable autour de la sensibilisation, de la concertation et de l’accompagnement des médias. La protection des données apparaît ainsi comme une responsabilité partagée entre institutions et professionnels.
Ibrahim Kalifa Djitteye

