À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’Armée malienne, le Président de la Transition, Chef de l’État et Chef suprême des Armées, a livré un discours à forte portée stratégique. Entre hommage, bilan opérationnel et projections, l’adresse présidentielle met en lumière une armée en pleine transformation, engagée avec détermination dans une lutte antiterroriste appelée à s’intensifier.
Le 20 janvier demeure une date fondatrice pour le Mali. En rappelant la naissance de l’Armée nationale en 1961, à la suite de la décision du Président Modibo Keïta de faire évacuer les forces étrangères, le Chef de l’État a replacé l’action militaire actuelle dans une continuité historique marquée par la quête de souveraineté. Cette commémoration a également été un moment de reconnaissance envers les soldats tombés au champ d’honneur, les blessés et l’ensemble des Forces armées et de sécurité engagées au quotidien pour la protection du territoire et des populations.
Sur le plan sécuritaire, le discours dresse un bilan qu’il présente comme globalement positif. Les réformes engagées ces dernières années ont permis, selon le Président de la Transition, de disposer d’une armée plus professionnelle et mieux préparée. La création d’unités combattantes plus flexibles, l’adaptation du dispositif opérationnel et l’amélioration de la gestion des engagements traduisent une volonté d’ajuster en permanence l’outil militaire à une menace terroriste en constante mutation. Sur le terrain, les opérations ont conduit au démantèlement de sanctuaires terroristes, à la neutralisation de chefs de groupes armés et à la sécurisation de zones jugées vitales.
Cette dynamique repose en grande partie sur le renforcement des capacités humaines et matérielles. L’acquisition d’équipements modernes, l’augmentation des effectifs et une formation plus exigeante ont contribué à modifier l’équilibre opérationnel. La poursuite du Plan Doungoukoloko, notamment à travers des opérations majeures comme Keletigui, s’inscrit dans cette logique de pression constante sur les groupes armés, tout en favorisant le retour progressif des services sociaux de base dans les zones libérées.
Au-delà du bilan, le Chef suprême des Armées a esquissé des perspectives claires. À partir de 2026, l’effort portera sur l’accroissement des effectifs, la création de nouvelles unités dédiées à la protection de proximité et l’implantation de nouveaux camps militaires à Dioïla, Nioro et Konobougou. Ces mesures visent à renforcer la présence de l’État sur l’ensemble du territoire et à mieux répondre aux attentes sécuritaires des populations.
Le développement de capacités structurelles figure également parmi les priorités. Le Génie militaire, doté de moyens renforcés, est appelé à jouer un rôle accru dans la construction d’infrastructures essentielles. Le lancement de l’industrie militaire nationale est présenté comme une étape déterminante vers l’autonomie stratégique, tandis que l’opérationnalisation prochaine de l’hôpital militaire de Banankoro doit renforcer le dispositif sanitaire des forces et réduire les évacuations à l’étranger.
Conscient de la nature désormais hybride du conflit, le discours insiste aussi sur la bataille informationnelle. La modernisation de la communication des FAMa, la création d’une Web TV et d’une radio, ainsi que la digitalisation de la gestion du personnel s’inscrivent dans une vision globale visant à renforcer la transparence, la cohésion et la confiance entre l’Armée et la Nation.
Enfin, la coopération régionale au sein de la Confédération des États du Sahel est présentée comme un levier essentiel. L’opérationnalisation de la Force unifiée de l’AES traduit une volonté commune de faire face, collectivement et durablement, à une menace transfrontalière.
Entre détermination politique, montée en puissance militaire et adaptation stratégique, le message livré à l’occasion de ce 65ᵉ anniversaire dessine une lutte antiterroriste appelée à se poursuivre avec constance, au service d’un Mali plus sûr, stable et souverain.
Issa Djiguiba
